Ce n’est jamais arrivé. Métal Flash ne s’est jamais rendu deux fois dans la même entreprise pour cette rubrique « Organisation ». Il fallait une bonne raison pour le faire. Un premier article sur Territoire est en effet paru dans le numéro 131 d’octobre 2018. C’est une entreprise à part sachant qu’un tiers de ses salariés sont en contrat à durée déterminée d’insertion (CDDI). Cela ne suffit pas pour y retourner. Le déclencheur est venu de son succès. Un chiffre d’affaires qui, entre 2018 et 2025 est passé de 9,6 à 12 millions d’euros avec un objectif fixé à 15 millions pour 2026. Entre-temps, il y a eu un déménagement dans un nouveau bâtiment dont Territoire est désormais propriétaire avec une extension de deux fois 1 450 m2. Nous voulions comprendre comment Territoire s’est inscrit dans une telle progression. Quelle est la clé du succès dans cette structure ?
Une extension sur deux niveaux
L’entreprise reprise en 2013 par Guy Magranville, père de Paul, l’actuel dirigeant, était installée à La Millière, un quartier du 11e arrondissement de Marseille dans des bâtiments vétustes et inadaptés à une organisation performante. Les choses ont radicalement changé avec la reprise de l’ancien site de Jefco Blancolor, toujours dans le 11e arrondissement. En plus de l’extension qui comprend deux niveaux (le rez-de-chaussée pour la métallerie, l’étage pour la menuiserie aluminium), ce bâtiment des années soixante-dix a été relooké aux couleurs de l’entreprise. « Nous sommes à deux pas du château de la Buzine, un bâtiment classé, nous ne pouvions pas dépasser les dix mètres de hauteur et avions à cœur de soigner l’allure générale du site et de ses abords », précise Paul Magranville. L’atelier de métallerie a été conçu selon les besoins avec le souci d’une bonne QVT (qualité de vie au travail). Un sol plan, une hauteur sous plafond de 5 m, une abondance de lumière et de ventilation naturelle.

L'aspiration centralisée des fumées et des poussières contribue sensiblement à la qualité de vie de au travail.
Une aspiration centralisée
C’est propre notamment grâce au réseau d’aspiration centralisé (Engmar) qui capte et filtre non seulement les fumées de soudage sur les torches, mais permet aussi à chacun de brancher un bras d’aspirateur pour nettoyer autour de son poste de travail. On notera qu’il y a un réseau centralisé d’alimentation en gaz de soudage. Les bouteilles (Messer) sont regroupées en rack à l’extérieur du bâtiment. Il y a une potence de 500 kg pour deux postes de travail. « C’est plus efficace qu’un ou deux ponts roulants qui étaient prévus au départ », explique Alexandre Diaz, responsable de la production acier. Aux deux extrémités de l’atelier s’ouvrent des portes à enroulement sur 8 m d’ouverture, les camions livrent directement près du poste de travail.

Table de découpe laser dans l'espace tôlerie.
En contrebas se trouve l’atelier de tôlerie avec le stock, la presse plieuse (Trumpf), la cisaille (Descombes Préciméca) et une découpe laser fibre signée Haco (une source asiatique qui a été équipée en organes de sécurité européens par Haco). On notera que la quasi-totalité des percements sur acier sont réalisés sur la table laser.

© Pyc
Le fabricant de la cisaille n'est pas très loin, dans la Drôme...
Enfin à l’étage, a été installé l’atelier aluminium dans lequel la filiale Sud Menuiserie travaille les gammes de Kawneer et de Schüco. Scies à deux têtes (Fom Industrie) et centre d’usinage (Fom Industrie) assurent le débit et les perforations pour la dizaine de personnes qui y travaillent. Là encore l’espace est confortable, lumineux et spacieux.

La réactivité pour les marchés publics
On le voit, tout est fait pour être réactif. Territoire et Sud Menuiserie réalisent l’essentiel de leur activité avec les marchés publics et plus particulièrement celui des établissements scolaires de la région. « Ils nous imposent des pics d’activité durant les vacances scolaires. Dans ces moments, il faut pouvoir être rapide et juste du premier coup », souligne le dirigeant. « Historiquement nous ne faisions quasiment que des marchés publics en appels d’offres. Depuis 2024, nous avons quatre personnes qui répondent à quinze appels d’offres par mois dont des marchés privés. Nous avons des personnes en reconversion dans ce service. Dont un dessinateur qui, après un accident de moto, est passé en insertion car resté trop longtemps sans travailler. Il est à 55 ans parfaitement intégré chez nous et a été rapidement indépendant ».

Les travaux pour les établissements scolaires de la région représentent une large part de l'activité.

© Pyc
"Il y a une évolution nette de la productivité, 30 % de gain de productivité au moins, surtout avec les nouveaux outils de manutention", Alexandre Diaz.
Voilà une des clés d’explication du succès de Territoire : le management. En 2018, Paul Magranville qui venait de prendre les commandes imaginait ne plus avoir à « donner des ordres, que les choses se décident à la base et que toutes les équipes soient autonomes ». Il faut croire que ce travail a porté ses fruits. Pour Alexandre Diaz, dans l’entreprise depuis 2015, les choses ont vraiment changé avec ce nouveau bâtiment : « Il y a une évolution nette de la productivité, 30 % de gain au moins, surtout avec les nouveaux outils de manutention. Globalement, le personnel est plus joyeux et nous avons mis en place les postes en écoutant l’avis des salariés. Les gens sont plus contents de venir travailler. Les bureaux sont nettement plus agréables aussi. L’air est propre car cette aspiration prend 80 % des fumées émises, ça change considérablement le rapport au travail ».
Un modèle régional de sécurité
Quand on lui demande quelles seraient les pistes d’amélioration, il répond « plus de sécurité dans la zone de stockage et un meilleur marquage au sol. J’ai l’intention de faire de cet atelier un modèle régional en termes de sécurité ».

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La centrale d'aspiration et de filtration des poussières.

© Pyc
Paul Magranville
À 39 ans, Paul Magranville donne l’image d’un dirigeant heureux. Diplômé de Sup de Co Montpellier, ce Lorrain d’origine a repris les commandes à son père en 2018 après s’être occupé du développement et de la direction générale depuis le début de l’aventure en 2013. Ce modèle d’entreprise basé sur l’insertion de personnes éloignées du monde du travail lui va comme un gant. Avec pragmatisme, il en mesure les limites, chaque recrutement dans le cadre de l’insertion ne se transforme pas en réussite mais un esprit général est en place. « Nous recevons une aide de l’état qui couvre une partie du tutorat et du manque de productivité sur ces postes », dit-il. À l’entreprise et aux équipes de veiller à intégrer, former et stabiliser les personnes en question. C’est là le moteur de l’enthousiasme de ce cadre dirigeant. « Ce travail d’insertion a un vrai sens et cela se transmet à l’ensemble des salariés ».
Territoire SAS
Effectifs : 47
Chiffre d’affaires : 12 millions d’euros
Surface couverte : 4 000 m2
Investissements récents : Déménagement, extension de bâtiments et modernisation de l’atelier de métallerie.