Frédéric Fievet au centre avec des invités à la soirée des trente ans de l'entreprise. © Glemet
Frédéric Fievet au centre avec des invités à la soirée des trente ans de l'entreprise.
Sadev, spécialiste français des systèmes de fixation du verre dans le bâtiment a fêté ses trente ans. Profitant d’un nouveau siège en Savoie, l’entreprise affiche une forte ambition sur un marché pourtant exposé à une forte concurrence.

Chez Sadev, l’innovation peut commencer par un poseur confronté à un problème de réglage difficile, une pièce impossible à atteindre une fois le vitrage installé ou une opération qui prend trop de temps. C’est cette proximité avec le terrain que Frédéric Fievet, directeur général, revendique. Une culture du système D qui s’est transformée en méthode industrielle. L’entreprise savoyarde, spécialisée depuis trente ans dans la fixation du verre (agrafes de VEA, pinces et profils pour garde-corps, agencement intérieur et barrières de piscines…), a évolué. Aujourd’hui, le garde-corps constitue le cœur de l’activité. Cette spécialisation cache un éventail de technologies : fixation du verre, systèmes de réglage, profils, solutions structurelles, façades vitrées, photovoltaïque et produits développés pour les clients.

Trouver les astuces pour simplifier les réglages

Un exemple résume bien la démarche. Sadev commercialise depuis une vingtaine d’années un système de fixation par point de garde-corps réglable en Inox (le produit 000110). Un produit robuste, résistant à la corrosion, mais dont l’utilisation pouvait se compliquer sur les chantiers. Imaginez deux poseurs manipulant une grande plaque de verre de plusieurs mètres. Une fois le vitrage installé, ils découvrent qu'un réglage doit être repris en profondeur. Il faut alors démonter, recommencer et perdre du temps. Sadev a repris le produit de l’intérieur. Près d’un an de travail pour parvenir à une solution qui paraît presque évidente : permettre le réglage depuis l’avant, avec une simple clé. Une rotation fait avancer ou reculer le point de fixation et permet d’ajuster la position du verre. « Ça avait l’air simple », reconnaît Frédéric Fievet. « Or, derrière cette simplicité apparente, il a fallu repenser les composants internes ». C’est là que se joue, selon lui, une partie de la différence entre un produit simplement fonctionnel et un produit pensé pour le chantier. La même logique guide le développement du nouveau système OSR. Le profil existait déjà, mais Sadev a entièrement repensé la manière de réaliser le réglage. Une cale pour serrer, une autre pour régler, une vis pour chaque fonction : le dispositif se veut intuitif. « Moins on se pose de questions, moins on a de chance de faire des erreurs », résume le dirigeant.

Faire mieux avec moins de matière

La simplicité s’accompagne de la nécessité de réduire la matière sans réduire la performance. L’entreprise utilise moins de plastique dans certains composants tout en conservant leur résistance en intégrant du Kevlar. Elle ne fabrique pas l’intégralité de ses composants en France. Certaines pièces, dont les attaches réalisées en fonderie à cire perdue, viennent de l’usine Sadev en Chine. C’est dû à la disparition progressive de ce savoir-faire en France et en Europe. Pour les profils aluminium, on s’appuie sur des partenaires en Espagne et en Roumanie en conservant la maîtrise de l’ingénierie. « Notre métier, c’est l’ingénierie », résume Frédéric Fievet. Concevoir, tester, améliorer et protéger les solutions plutôt que chercher à tout produire en interne.

Le photovoltaïque ouvre une nouvelle porte

Cette capacité à résoudre des problèmes techniques a conduit Sadev vers un terrain qui dépasse le garde-corps : le photovoltaïque. Son système Variance C est une solution de bardage dans laquelle le verre ou le panneau est maintenu par pincement plutôt que percé. Au départ, le système avait notamment été pensé avec le réemploi en tête. Sa capacité à s’adapter à différentes épaisseurs de verre permet en effet d'envisager la réutilisation de vitrages provenant d'autres bâtiments. L’idée était séduisante, mais pose le problème de la maintenance. Dans une façade photovoltaïque, il faut pouvoir intervenir derrière les panneaux. Avec un système traditionnellement pincé et difficilement démontable, une intervention devient lourde. Il a donc été développé un dispositif permettant de retirer individuellement les panneaux avec un outillage spécifique.

Des efforts à faire en commercialisation

L’entreprise a aujourd’hui une solide réputation technique sur le marché des garde-corps en verre. Mais Frédéric Fievet reconnaît qu’elle doit encore progresser dans la commercialisation. Pour y parvenir, elle renforce la formation interne. Tous les trois mois, les équipes sont formées aux nouveaux produits. Les retours clients servent également à identifier les erreurs et les besoins d’amélioration. L'objectif est de ne plus seulement inventer de bons produits, mais mieux les faire connaître et mieux les distribuer.

2027, l’année du configurateur ?

C’est dans cette logique que Sadev réfléchit au développement d’un configurateur en ligne permettant aux artisans, voire aux particuliers, de concevoir et commander directement certains garde-corps. Le principe serait de commencer par une gamme réduite de trois ou quatre produits, simples à configurer et rapides à livrer. « Si je ne suis pas capable de préparer la commande lundi pour qu’elle parte mercredi soir, ce n’est pas la peine », explique Frédéric Fievet. Pas question toutefois de se transformer en distributeur de verre. Il s’agira de s’appuyer sur un réseau de partenaires verriers. Les demandes complexes pourraient être redirigées vers ces professionnels. Le marché existe déjà. Selon Frédéric Fievet, les garde-corps vendus en France via les configurateurs représentent environ 15 millions d’euros. Et une fois la vente organisée en ligne, la frontière géographique devient moins importante.

« L’innovation sert à résoudre un problème »

L’intégration de Sadev en 2019 dans Simonswerk apporte une assise financière supplémentaire. Le groupe allemand a accompagné le déménagement vers le nouveau siège à Rumilly (74) et financé une partie des équipements. Sadev a, de son côté, autofinancé son développement. Frédéric Fievet entend préserver ce qui fait l’identité de la PME, à savoir son agilité et sa proximité avec le terrain. Car au fond, « une innovation n’a de sens que si elle résout un problème, simplifie la vie de celui qui pose le produit et trouve sa place sur un marché ». Les brevets, les robots, le photovoltaïque, le réemploi ou le futur configurateur en ligne ne sont pas des fins en soi. L’innovation n’est pas un exercice de style. Elle doit finir sur un chantier, être posée rapidement, fonctionner durablement et, surtout, trouver des clients.