Les images ont fait le tour du monde. Lors des récentes émeutes, de nombreuses vitrines ont cédé sous les coups d’extincteurs, de poteaux de stationnement ou d’attaques répétées à coups de pied. Au-delà des dégradations matérielles, certaines scènes ont été marquées par des pillages et des incendies de commerces. Ces événements remettent en question la notion même de « verre antieffraction ». Un vitrage feuilleté de type 66.8 est conçu pour retarder une tentative d’intrusion et décourager un cambrioleur. Mais face à des agressions répétées, menées à plusieurs et à l’aide d’objets trouvés sur place, ses performances peuvent rapidement atteindre leurs limites. La question ne concerne d’ailleurs pas uniquement le vitrage. Sa fixation et sa prise en feuillure jouent également un rôle déterminant dans la résistance de l’ensemble. C’est donc toute la conception de la vitrine qui mérite d’être réexaminée.
Des essais plus proches des conditions réelles ?
Pour Sylvie Boulocher, experte en verre de protection pour le compte de Riou Glass, une piste consiste à recourir au triple vitrage doté de deux intercalaires rigides. Au-delà des solutions techniques, c’est aussi la pertinence des méthodes d’essai qui se trouve posée. La norme EN 356, qui classe les vitrages selon leur résistance aux attaques manuelles, notamment dans les catégories P6B et P7B, pourrait être interrogée à la lumière des événements récents. « Il faudrait changer les techniques et les méthodes d’essai de résistance à l’effraction et utiliser le pavé, le groupe d’hommes qui fonce d’un coup, le pied en avant, les poteaux de stationnement, le tout en veillant à ce que ça tienne 10 ou 30 minutes selon la catégorie », estime Sylvie Boulocher. L’enjeu serait ainsi de rapprocher les essais normalisés des conditions d’agression réellement observées sur le terrain, en tenant compte de la nature des objets utilisés, de la répétition des impacts et du nombre d’assaillants. Reste aussi à utiliser des profils métalliques avec les niveaux de protection élevés de type CR3 ou CR4 sans lesquels le meilleur des vitrages ne pèse pas lourd.
Les assureurs, futurs arbitres du marché ?
Les compagnies d’assurance pourraient jouer un rôle décisif dans cette évolution. Après plusieurs vagues de dégradations, elles pourraient être amenées à encourager, voire à exiger, des dispositifs de protection plus performants pour les commerces les plus exposés. Reste à déterminer si cette évolution passera par une révision des normes, par de nouvelles recommandations techniques ou par des exigences renforcées des assureurs. Une chose est sûre : les récentes émeutes invitent les professionnels à réexaminer les limites des protections actuelles et l’adéquation des solutions proposées aux risques auxquels les vitrines sont désormais confrontées.