Se pencher sur les projets réalisés par l’architecte Francis Soler revient à considérer quelques-uns des bâtiments emblématiques de notre époque. Citons le ministère de la Culture à Paris et sa façade en tôle d’Inox découpée, le lab d’EDF à Saclay et ses façades circulaires ou encore cet ensemble de logements sociaux rue Émile Durkheim à Paris. Cet immeuble livré en 1997 face à la Grande bibliothèque de Dominique Perrault se distingue par ses grandes parois vitrées sérigraphiées et la liberté d’aménagement qui est laissée aux habitants. Plus récemment, en 2025, l’architecte a livré la Maison du numérique (station Numixs) à Sarcelles. Ces réalisations ont en commun de ne ressembler à pas grand-chose qui ait pu être réalisé auparavant. L’homme dénote par le geste architectural ainsi que par sa prédilection pour certains matériaux : le métal et le verre notamment.
Une formalisation très personnelle de l’architecture
Cela lui vaut d’ailleurs des frustrations à l’heure où, dans les collectivités locales en particuliers, ce sont les matériaux d’origine biosourcée qui sont privilégiés au nom du « développement durable ». Sa formalisation très personnelle de l’architecture se conjugue avec un caractère fort. Il ne mâche pas ses mots et dénonce facilement les incohérences d’une commande publique qui se plie « aux injonctions des Khmers verts qui fixent les nouveaux diktats ». Il parle de « tyrannie du bois qui s’est installée au sein des administrations ». Ce fils de grutier, considère que l’architecture doit pouvoir être démontable, dans cet esprit le matériau acier apparaît comme idéal. C’est donc à contre-courant de l’air du temps que cet architecte a été désigné lauréat du Grand Prix d’Architecture de l’Académie des beaux-arts. À moins que ce soit un juste rééquilibrage face à la pauvreté architecturale de ce qui est proposé par les adeptes du lamellé-collé. Francis Soler en tout cas savoure l’instant : « La consécration est un privilège qui fait se cabrer automatiquement tout individu qui la reçoit, sans nécessairement avoir à tirer fort sur la bride. »