Des escaliers de secours entreposés chez Général Métal Edition et dans l'attente d'un réemploi.
Chaque année, le secteur du bâtiment génère près de 25 millions de tonnes de déchets en France. Parmi ces matériaux figurent de nombreux éléments susceptibles d’être réemployés : menuiseries, équipements techniques, revêtements ou encore composants structurels. Malgré les objectifs fixés par la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC) et une demande croissante en faveur de pratiques plus vertueuses, la déconstruction sélective demeure marginale. Sur le terrain, les entreprises spécialisées constatent que le potentiel est réel, mais se heurtent à des freins persistants : absence de modèle économique stabilisé, manque de débouchés structurés, contraintes assurantielles et insuffisante coordination entre les différents acteurs.
Une filière fragilisée
Le constat intervient dans un environnement déjà tendu pour le secteur. Conjoncture défavorable, hausse des coûts de l’énergie et difficultés rencontrées par la filière REP PMCB pèsent sur les entreprises. Le SEDDRe observe une diminution de l’engagement de certains maîtres d’ouvrage sur le sujet. Une évolution qui fragilise davantage une chaîne de valeur encore en phase de structuration. La situation est également marquée par une forte concentration géographique des initiatives en Île-de-France. Dans de nombreux territoires, les opérations intégrant des objectifs de réemploi restent rares. « Cette concentration n’est pas une fatalité géographique. C’est le résultat d’une densité d’acteurs, d’une culture de la commande publique et d’une pression concurrentielle qui n’existent pas encore en dehors de l’Île-de-France. Nous pouvons et nous devons changer cela », souligne Alexandre Doyère, président du SEDDRe.
Sept leviers pour changer d’échelle
Le syndicat propose plusieurs mesures destinées aux pouvoirs publics, aux maîtres d’ouvrage, aux maîtres d’œuvre, aux assureurs et aux organismes de qualification.
- l’intégration de lignes budgétaires dédiées aux déposes soignées dans les marchés ;
- le développement de la qualification « Déconstruction Sélective » selon le référentiel Qualibat 1162 ;
- la désignation d’un assistant à maîtrise d’ouvrage spécialisé dans le réemploi pour les projets d’envergure ;
- la structuration d’une filière nationale de repreneurs et de reconditionneurs ;
- la levée des freins assurantiels et normatifs ;
- l’introduction de clauses incitatives dans les marchés publics ;
- la diffusion des bonnes pratiques sur l’ensemble du territoire.
Parallèlement, le SEDDRe annonce plusieurs actions : organisation de sessions d’information sur la qualification « Déconstruction Sélective », publication d’outils pédagogiques à destination des maîtres d’ouvrage, création d’une cartographie nationale des acteurs du réemploi et élaboration de guides pratiques par famille de matériaux à partir de 2027.

Nécessité économique et environnementale
Pour le syndicat, le développement du réemploi dépasse désormais le simple enjeu environnemental. La raréfaction des ressources naturelles, l’augmentation des coûts de traitement des déchets et le renforcement des exigences réglementaires imposent une transformation durable des pratiques du secteur. À travers ce plaidoyer, le syndicat entend relancer la dynamique autour du réemploi et rappeler que la transition vers une économie circulaire dans le bâtiment constitue désormais un enjeu industriel majeur pour l’ensemble de la filière.