Dans la lutte contre le réchauffement climatique les mobilités douces figurent en bonne place. Les villes se doivent de développer des solutions techniques performantes et sécurisées pour encourager ces transitions. L’exemple de la Halle à vélos de la Gare du Nord à Paris est une magnifique source d’inspiration.
En septembre 2021, la SNCF engageait le projet Horizon 2024. Deux impératifs guidaient alors les équipes d’architectes : créer, conformément à la loi d’orientation des mobilités (LOM), 853 places de stationnement pour vélos en Gare du Nord à Paris, et réaménager la gare routière en partenariat avec Île-de-France Mobilités. De ces contraintes est née une ambition plus vaste : transformer la dalle routière datant des années soixante-dix, jusque-là méconnue, en véritable pôle intermodal. Cet espace devait être capable d’accueillir un parking à vélos de dimension inédite et une gare routière modernisée.
Un contexte de flux croissants
La mutation était nécessaire. Première gare d’Europe en fréquentation, la Gare du Nord accueille près de 700 000 voyageurs par jour. Les projections estiment ce chiffre à 900 000 d’ici 2030. Le réaménagement s’inscrit donc dans une logique d’adaptation :
À l’ouest, taxis et VTC disposent désormais d’espaces dédiés dans la cour et le parking souterrain. Au sud, le parvis a été apaisé, libéré d’une partie du trafic. À l’est, la dalle routière, longtemps jugée intimidante, devient un nouvel espace de mobilités douces.
L’entrée de la gare routière a été repositionnée rue du Faubourg Saint-Denis, avec un parvis élargi permettant d’accéder directement à la gare par des circulations verticales.

Les lanterneaux qui assurent la ventilation sont issus du réemploi.
Du parking vélo à la halle solaire
À l’origine, la demande de la maîtrise d’ouvrage était simple : construire un parking vélo abrité. Mais face à l’échelle du projet et aux contraintes patrimoniales, l’idée d’une halle s’est imposée. Dans l’histoire des gares, les halles sont des structures récurrentes. Elles abritent, organisent les flux et créent un dialogue avec les architectures existantes. Celle de la Gare du Nord s’inscrit dans la continuité de la halle Transilien, en respectant la trame longitudinale tracée par Hittorff au XIXe siècle. Résultat : le plus grand parking vélo de France, conçu avec Île-de-France Mobilités et l’association Paris en Selle, pensé jusque dans le détail des accès, des flux intérieurs et de la lisibilité des parcours.

La halle Transilien sous laquelle arrivent les RER de la région parisienne et l'accès vers la Halle à vélos par l'intérieur de la gare.
Chiffres clés
- 700 000 voyageurs quotidiens aujourd’hui, 900 000 prévus en 2030
- 1 186 places de stationnement vélo, record national
- 70 m de longueur × 24 m de largeur pour la halle
- 1 700 m2 couverts
Une architecture sobre et maîtrisée
La halle associe trois éléments : une charpente métallique galvanisée, légère et résistante ; des poutres en bois lamellé-collé, précises et visuellement expressives et une toiture photovoltaïque en deux pans. Celle-ci est complétée d’une façade ajourée en bois. L’apparente simplicité masque une grande rigueur constructive. Les tubes en acier, sans arêtes, traduisent une recherche de pureté. Les manchonnages, soigneusement travaillés avec l’entreprise de charpente métallique et de métallerie CMBC, permettent des assemblages invisibles et élégants.
Chaque détail – alignement des rivets, calepinage des boîtiers électriques – participe à la cohérence architecturale. « Nous avons beaucoup travaillé? avec le me?tallier pour respecter la continuité? totale de la matière : nous tenions à ce que ces manchonnages soient des sections de tubes et non des to?les cintre?es rapporte?es. Nous ne disposions que d’une petite quarantaine de centime?tres pour accompagner la descente de charge. Nous avons donc ferraillé? plus dense?ment, installe? des platines sur lesquelles nous sommes venus couler une recharge de be?ton boucharde?, dont la masse constitue aussi la finition », lit-on dans le dossier des architectes. Par ailleurs, la toiture photovoltaïque illustre un tournant culturel : elle n’est plus vue comme un corps étranger au patrimoine, mais comme une composante intégrée de l’architecture.


Ici l'on distingue trois halles de trois époques différentes.
Confort urbain et durabilité
Le projet ne s’est pas limité à construire une halle. Il visait aussi à améliorer le confort et l’usage de la dalle :
Revêtements clairs : en réfléchissant mieux la lumière, ils réduisent la chaleur restituée.Végétalisation : des arbres en cépée, plantés dans de grands bacs servant également de mobilier urbain. Signalétique et éclairage : pour sécuriser les parcours des piétons et cyclistes.
Un commerce viendra également occuper l’ancienne gare de la Grande Ceinture, fermée depuis des années, contribuant à la revalorisation patrimoniale.
Le point technique
Structure primaire en acier galvanisé, posée en portiques autostables. Bois lamellé-collé permettant de se passer d’une structure tertiaire. Panneaux photovoltaïques intégrés directement aux chevrons.Lanterneaux conçus grâce à un décalage des trames, favorisant à la fois l’aération et la production solaire.
Le pari du réemploi
Un élément symbolique du projet réside dans le lanterneau, réalisé à partir de verres bombés récupérés sur le démontage de la chenille originelle des escalators au Centre Georges Pompidou. Cette démarche de réemploi, rare dans les infrastructures publiques, a nécessité de longs tests et des validations réglementaires complexes. Le feu vert des bureaux de contrôle et du CSTB n’a été obtenu qu’à la dernière minute. Les tests ont e?te? particulie?rement pointilleux car le re?emploi concernait « le clos et le couvert ». Ces quelques verres bombés réemployés représentent pourtant une victoire culturelle : la démonstration qu’il est possible d’introduire l’économie circulaire dans des projets soumis à de fortes contraintes techniques et administratives.
Une halle réversible
Aujourd’hui, la halle abrite des vélos. Mais demain ? Sa structure modulaire, composée de portiques et de poutres, permet de l’adapter, de l’agrandir ou même de la déplacer. Elle est pensée comme un bâtiment réversible, conçu pour survivre à ses usages actuels. En ce sens, cette construction est bien plus qu’un parking couvert. Elle incarne un nouveau modèle de gare : apaisée, lisible, intermodale et tournée vers la transition bas carbone. À travers elle, la SNCF et ses partenaires livrent un manifeste architectural, technique et urbain, démontrant qu’il est possible d’articuler patrimoine, innovation et durabilité.
Halle à vélos de la Gare du Nord à Paris
- Maître d’ouvrage : SNCF Gares & Connexions
- Maître d’œuvre : Arep
- Charpente métallique : CMBC
- Charpente bois : Arbonis
- Couverture acier et clôture : Sorecob
- Vitrage : FB Mecasystem
- Réemploi lanterneaux : Verre & Métal