Il y a cinq ans, Isabelle Grandmaître a quitté un emploi dans la banque pour créer avec son mari leur société de pliage de tôles. Un grand saut qui a changé sa vie.

Il y a décidément des parcours étonnants dans l’univers du métal. Celui d’Isabelle Grandmaître est de ceux-là. Rien ne prédestinait cette fringante quinquagénaire à enfiler un jour le bleu de travail et à se coller derrière une plieuse… Diplômée d’université, elle a passé près de 25 ans dans l’univers bancaire. À la Caisse d’Épargne Provence-Alpes-Corse elle a été tour à tour en charge du marketing, de la mise en place du téléconseil, du développement du marché « jeunes » et d’opérations dans le secteur immobilier. Ce parcours limpide et « rassurant » a pris fin il y a cinq ans. « J’étais arrivé au bout d’un chemin dans ce milieu. J’ai accompagné le virage de la banque vers le téléconseil et la fermeture d’agences, je n’y trouvais plus ma place », explique-t-elle. Nous sommes en 2020, en pleine crise du Covid. C’est le moment qu’elle a choisi, avec son mari Gaël, pour créer leur entreprise de pliage de tôle. Gaël Grandmaître, chaudronnier de formation, avait une expérience de plieur chez ArcelorMittal puis chez Bacacier avant de rejoindre le fabricant de cheminées haut de gamme Theus Industries à Cavaillon (84). « Nous nous sommes dit que c’était le moment ou jamais de sauter le pas ». L’entreprise Métallic, basée à Miramas (13) démarre donc avec un effectif minimaliste, Gaël et Isabelle. « J’ai été derrière la plieuse et la cisaille avec mon mari et j’ai livré les clients en camion. Certains jours, c’était plus dur que d’autres, surtout en hiver quand il faisait vraiment froid dans l’atelier, mais c’était nécessaire de passer par cette phase pour apprendre le métier et acquérir de la légitimité vis-à-vis de mes clients », se souvient-elle.

Ce n’est pas simple tous les jours

Aujourd’hui Métallic qui fait de la sous-traitance en pliage, découpe et soudure pour les entreprises de la région, dont un certain nombre de métalleries, compte cinq salariés. Isabelle a rendu son bleu pour endosser le rôle de gérante. Elle se concentre sur l’administration des ventes et les achats. Elle ne regrette pas le choix de cette nouvelle vie, même si tout n’est pas rose, forcément… « La réalité est contrastée. Être son propre patron fait découvrir une liberté inespérée même si ce n’est pas toujours simple d’être une femme dans ce milieu industriel. J’ai gagné en confiance en moi. Dans la banque on m’avait placé dans un rôle et une fonction dont je n’imaginais pas pouvoir sortir un jour. Mes capacités physiques et psychologiques sont considérablement augmentées par rapport à ce que j’imaginais être il y a quelques années ». Le couple s’est réparti les rôles de chacun selon un schéma classique : lui à la production et elle à l’administration. Ensemble ils ont un fils de 17 ans qui est régulièrement à l’atelier pour gagner son argent de poche. « Il a compris que l’on pouvait quitter un emploi stable et sûr pour une fonction avec une prise de risque. Il sait désormais que certains choix peuvent changer radicalement le cours d’une vie mais que rien n’est impossible », conclut la dirigeante.