La publication récente du décret d’application de la RE 2020 pour les secteurs tertiaires et lndustriels marque une nouvelle étape pour le bâtiment. Face à des objectifs carbone plus exigeants, les maîtres d’ouvrage, prescripteurs et entreprises doivent intégrer des solutions à faible impact carbone. L’acier de réemploi apparaît comme une réponse efficace. Alors qu’un acier neuf génère en moyenne 1,67 kg équivalent CO₂ par kilogramme, et un acier bas carbone environ 0,68 kg, l’acier de réemploi affiche un impact quasi nul.
Cesser de démolir pour recycler
Quand une ossature acier arrive en fin d’utilisation, le réflexe reste la démolition suivie de la refonte du matériau. Un procédé émetteur de carbone et peu vertueux en termes de valorisation des ressources. La déconstruction sélective permet de considérer l’acier non plus comme un déchet, mais comme une ressource. Ce changement de paradigme ouvre la voie à une approche plus vertueuse environnementalement et sur le plan économique et stratégique en termes d’approvisionnement. Le réemploi permet de réduire significativement les émissions liées à la production de matériaux neufs, de préserver la valeur des structures existantes, et de sécuriser les approvisionnements dans un contexte de tensions sur les matières premières.
Une filière structurée et industrialisable
Le réemploi de l’acier s’inscrit aujourd’hui dans un cadre technique maîtrisé. Le Centre Technique Industriel de la Construction Métallique (CTICM) joue un rôle central dans cette structuration, avec la mise en place de l’écosystème Métal Réemploi, composé : d’une plateforme numérique, https://metalreemploi.com/ de recommandations professionnelles reconnues par la C2P de l’AQC, garantissant l’assurabilité des éléments structuraux de réemploi en acier, d’un réseau de partenaires et de requalificateurs certifiés, d’un laboratoire mobile permettant d’assister les entreprises dans le diagnostic des structures existantes et dans la requalification des produits de réemploi, ainsi que des outils d’accompagnement opérationnels pour intégrer le réemploi dans les projets (dont un clausier facilitant l’intégration du réemploi dans les CCTP classiques).
C’est une réalité opérationnelle
« Aujourd’hui, nous disposons d’un cadre technique robuste, reconnu par l’ensemble de la filière, qui permet de garantir la traçabilité, la performance et l’assurabilité des éléments réemployés. Dans le contexte de la RE 2020 et des risques liés aux approvisionnements, il constitue un levier immédiat pour réduire l’empreinte carbone des projets tout en sécurisant les ressources », explique Amor Ben Larbi, directeur Projets de Recherches au CTICM.
Une opportunité pour l’ensemble des acteurs
Au-delà de la réponse réglementaire, le réemploi de l’acier constitue un véritable levier de compétitivité pour les acteurs du secteur : pour les maîtres d’ouvrage et investisseurs : amélioration de la performance ESG (environnementale, sociale et gouvernance) et attractivité accrue des projets, pour les prescripteurs : différenciation et montée en compétences sur des solutions bas carbone, pour les entreprises : intégration dans des marchés de plus en plus exigeants en matière environnementale. Chaque année, près de 650 000 tonnes d’acier issues du secteur de la construction sont recyclées en France. Une partie de ce gisement peut désormais être orientée vers le réemploi, avec un objectif de 15 % d’ici 2030.
Vers une filière locale, durable et souveraine
En structurant le réemploi de l’acier, la filière construction métallique contribue à renforcer la souveraineté industrielle. En s’appuyant sur des ressources locales et sur un écosystème d’acteurs répartis sur l’ensemble du territoire, elle offre une alternative crédible aux chaînes d’approvisionnement mondialisées. Une dynamique qui s’inscrit dans les enjeux actuels de transition écologique, de développement territorial et de réindustrialisation.