Ces trois lettres impactent un nombre grandissant de secteurs d’activité. La RSE, Responsabilité sociétale des entreprises, a gagné en crédibilité. La démarche engage l’entreprise sur le long terme avec des gains concrets à la clé. Elle nécessite toutefois un accompagnement. C’est le métier de Frédérique Chalony.

Dès lors qu’il est question d’inclure des critères de RSE dans les appels d’offres publics, il ne s’agit pas d’effet de mode ou de communication. La Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) deviendrait-elle un moyen de se distinguer et potentiellement de gagner des marchés ? Cela semble probable. Pour des secteurs d’activité qui travaillent avec un matériau au bilan carbone défavorable, la mise en place d’une démarche RSE permettrait de récupérer des marges de manœuvre. Plusieurs volets y sont identifiés : la sécurité, la santé et le confort au travail en sont quelques-uns. Les efforts en matière d’écologie, de bilan carbone et de réemploi des matériaux en sont d’autres. Nombre d’entreprises font depuis des décennies de la RSE sans utiliser le terme, voire sans le savoir. L’effort sur la sécurité et l’attractivité sociale des PME ne date évidemment pas d’hier. Or, la démarche nécessite un minimum d’organisation et de cadre. Une intervention extérieure s’avère extrêmement utile. C’est la mission du cabinet Manitaria dirigée par Frédérique Chalony.

Métal Flash : Vous avez démarré votre carrière dans le conseil en marketing pour l’industrie agroalimentaire. Qu’est-ce qui vous a fait changer de voie et vous engager dans la RSE ?

Frédérique Chalony : Après des années au service de cette industrie qui traite finalement du vivant que ce soit dans l’élevage animal ou la culture végétale, je me suis sentie en décalage. Pour utiliser un terme de psychologie sociale, j’étais en « dissonance cognitive ». C’est-à-dire que la vocation et la démarche du milieu professionnel entraient en contradiction avec mes convictions. C’est à ce moment que je me suis réorientée en RSE qui était plus proche de ma vocation première dans l’agronomie. Après avoir été responsable RSE/Développement durable pendant sept ans, je me suis intéressée aux neurosciences et à la conduite du changement dans les organisations qui est au cœur de la RSE puisque l’idée c’est justement de faire les choses différemment. De là, assez naturellement, je suis entrée dans l’univers du conseil et de l’accompagnement au changement durable.

« On ne peut pas engager un changement en suscitant une frustration »

M F : En quoi les neurosciences peuvent-elles aider à engager du changement dans les organisations ?

F C : L’humain a une résistance naturelle au changement. Les neurosciences permettent de mieux comprendre ces résistances et aident à mettre en place des étapes qui permettent de les inverser. La prise de conscience du problème et des blocages ne suffit pas. Il existe des outils comme la Fresque du Climat basée sur les travaux scientifiques du Giec qui donnent aux individus des moyens interactifs pour comprendre la complexité des choses. Mais, après la prise de conscience, il faut pouvoir engager des actions. Mon rôle est d’accompagner ce processus car c’est la partie la plus difficile. Nous avons tous en tête des résolutions de jour de l’an que nous n’avons pas tenues !

M F : Quelles seraient les conditions essentielles que le dirigeant devrait impulser pour engager un tel changement ?

F C : Commencer par constituer un groupe de personnes motivées qui s’impliqueraient. Ensuite, mettre en place des opérations avec des gains rapides visibles par les salariés. Par exemple, une salle de repos ou de nouveaux vestiaires. Le cerveau a une aversion à la perte, avoir le sentiment de perdre en confort ou en sécurité est un cauchemar pour la majorité des individus. On ne peut pas engager un changement en suscitant une frustration. Enfin, il faut nourrir le côté positif sans être naïf. Pas question de tout dramatiser car cela amène soit du déni soit de la tristesse et donc peu d’énergie alors que le changement en demande beaucoup. Quand l’entreprise gagne un concours grâce à cet effort de RSE, c’est une occasion de marquer le coup par un moment convivial. L’égalité homme-femme est inscrite dans la démarche RSE, c’est un argument positif. Dire que l’on réutilise des produits démontés sur un chantier c’est aussi une démarche positive. Et cela donne de la fierté et donc de l’énergie à tous les salariés.

« La démarche est rentable par le climat social et l’équilibre qu’elle crée entre les acteurs »

M F : Quels sont les résultats concrets d’une telle démarche ?

F C : Les résultats financiers sont on ne peut plus concrets. La RSE est un moyen de gagner de l’argent en étant responsable dans la société, vis-à-vis de la planète et des humains. La démarche est rentable par le climat social et l’équilibre qu’elle crée entre les acteurs. Elle implique aussi les fournisseurs, les banquiers, les assureurs… Une étude de France Stratégie de 2016, un service qui dépend du Premier ministre, indique que les entreprises qui la pratiquent sont 13 % plus profitables que les autres. Ce n’est pas de l’idéalisation, c’est du concret. Le Mouvement Impact France (l’équivalent du Medef pour les entreprises à impact positif) et le cabinet Des Enjeux et des Hommes ont travaillé sur le sujet récemment pour mettre à jour ces données. Ils précisent que les atteintes d’objectifs de CA sont le double chez ceux qui pratiquent la RSE. Il y a des appels d’offres qui incluent déjà des critères RSE et je ne parle même pas des économies engagées grâce à la démarche, sur la consommation d’énergie, par exemple. Et que dire des collaborateurs que l’on capte et que l’on garde grâce à elle ? Les résultats concrets sont multiples.

Parcours

Née en 1965 à Rouen, Frédérique Chalony a choisi de suivre des études d’agronomie, car enfant elle « aimait la nature ». Après un début de carrière dans le conseil en marketing pour l’industrie agroalimentaire, elle s’oriente en RSE et prend en charge ce poste dans une filiale de la mutuelle santé Harmonie Mutuelle. En 2020, après des études en neurosciences, Frédérique Chalony a créé son propre cabinet de conseil et de formation, Manitaria basé à Rueil-Malmaison (92). Ce mot grec signifie champignon, « un organisme vivant qui communique en réseau et en symbiose avec les éléments autour de lui », dit-elle.

www.manitaria.fr

Une formation à la RSE au CTICM

La formation proposée par le Centre technique industriel de la construction métallique (CTICM) a pour objectif d’aider les entreprises à bâtir une stratégie RSE solide et adaptée aux besoins. Elle permet de comprendre les enjeux du développement durable, de structurer, de déployer une telle démarche et de communiquer sans greenwashing. Animée par Frédérique Chalony, la formation alterne cours, échanges, études de cas et travaux pratiques. Le programme aborde :

Les bases du développement durable et de la RSE : définitions, enjeux, acteurs clés, cadre réglementaire (CSRD, loi AGEC, ISO 26000). La construction d’une stratégie RSE : diagnostic, parties prenantes, enjeux, définition d’une raison d’être et d’engagements RSE. Le déploiement et le pilotage : gouvernance, mobilisation des équipes, reporting et valorisation (labels, évaluation EcoVadis, etc.).

La formation combine sessions en présentiel, à distance et un suivi individuel pour accompagner chaque entreprise selon son niveau de maturité. En résumé, c’est un parcours concret et opérationnel pour aider les entreprises à agir durablement, tout en créant de la valeur économique et sociétale.

www.cticm.com