Venir à Stains en Seine-Saint-Denis, à une dizaine de kilomètres au nord de Paris, est un voyage instructif. Cette ville de 40 000 habitants a été, avant son passé industriel, parmi les zones maraîchères qui ont alimenté durant des siècles la capitale. De ce passé agricole il ne reste pas grand-chose en dehors des jardins ouvriers. Il reste aussi quelques bâtiments, dont celui de la métallerie Sekatol. Quand Joseph Lespert, maréchal-ferrant de formation, s’y installe en 1968, c’est parce qu’il restait encore une poignée de maraîchers avec des chevaux. Or, assez vite, et compte tenu du boom des grands ensembles autour de Paris, notre homme s’est tourné vers la serrurerie, puis la métallerie. Cette activité continue à ce jour sur l’emplacement jadis entouré de cultures légumières et fruitières avec un des hangars en charpente bois qui date du début du siècle dernier.
C’est aussi ce qui fait l’immense attrait du métier de la métallerie : la diversité des configurations des entreprises. Chez Sekatol on sent immédiatement le poids de l’histoire.
Bâtiments chargés d’histoire
Les murs et la toiture sont d’un autre temps et ça ne manque pas de charme. De l’aveu même du dirigeant actuel, Jean-Marc Lespert, fils de Joseph, « c’est un peu le bazar ». Le bâtiment originel avec sa charpente bois complétée par une charpente métallique, est dédié au débit et au stockage de profils. On y trouve la scie à ruban, une ancienne perceuse à colonne et aussi, rangés dans un coin, les produits phare de la marque suisse Creametal : table à souder, banc de perçage et le gabarit pour les garde-corps barreaudés. Seule touche de modernité ici ce sont les plafonniers à Leds qui complètent utilement les plaques de polycarbonates en toiture. Dans l’autre bâtiment adjacent et qui a été rajouté quelques décennies plus tard, on trouve les postes de travail. Ils sont dotés d’un équipement classique fait de tréteaux, de postes à souder et d’outils électroportatifs (Hilti dont une partie de fleet management, la location longue durée). Dans le fond se trouve le coin tôlerie avec presse plieuse de 3 m et une cisaille toutes deux du fabricant Amada. « C’est une marque de qualité et en plus leur siège n’est pas loin. En cas de besoin de dépannage, leurs techniciens sont rapidement chez nous », précise Jean-Marc Lespert. On fabrique essentiellement des garde-corps et des grilles en acier mais aussi des menuiseries acier principalement de chez RP Technik mais aussi du gammiste Jansen.
À l’extérieur sous un appentis se trouvent le coin peinture liquide, le compresseur à air et une partie du stock de tubes et profils.
Véhicules sécurisés le soir
Une autre partie du stock, comme les véhicules utilitaires, est sécurisée derrière des grilles coulissantes. Tout l’espace est sous la surveillance de caméras. Le département et particulièrement la ville de Stains, sont connus pour la fréquence élevée des cambriolages… Pour la découpe de tôles épaisses, Sekatol utilise une torche manuelle Hypertherm et compte à terme sur le laser de l’école de production Iron Academy qui est à deux rues d’ici. « Je leur laisse le temps de se familiariser avec la nouvelle machine qu’ils viennent d’installer », explique en souriant le dirigeant qui siège au Conseil d’administration de l’école.
Surtout des marchés publics
Côté bureaux, point de BE. Les études et les dessins complexes sont confiés à des bureaux externes. Les deux chargés d’affaires utilisent cependant AutoCad, Advance Steel et Métal Cad pour la conception et le suivi de leurs chantiers. L’accueil comprend les assistantes qui ont notamment pour mission d’éplucher les appels d’offres et rédiger les mémoires techniques. « 80 % de notre activité est concentrée sur les marchés publics, dont principalement les offices HLM des communes aux alentours », explique Jean-Marc Lespert. Une raison pour laquelle, il y a quelques années, ce dernier avait pris l’initiative de créer l’entreprise Menuiserie Stanoise dont le métier repose sur l’entretien et le dépannage de fermetures et de protections solaires. « Ce métier suppose réactivité et sens de la débrouillardise ». Ici la concurrence est sévère, les gros intervenants multitechniques y sont légion. Mais l’entreprise n’intervient plus comme avant dans la capitale. L’accès et les conditions de parking y sont devenus trop contraignants.
Changer sans s’éloigner
Comment faudrait-il se projeter ? Jean-Marc Lespert est bien conscient des limites de son organisation actuelle. Or, la changer de fond en comble n’aurait pas un grand intérêt sachant que le quartier est amené à être transformé. La mairie de Stains envisage d’importants chantiers de logements collectifs sur cette parcelle et Sekatol devra alors déménager. « Ce sera l’affaire de mes fils qui sont déjà dans l’entreprise. Mais pas question d’aller trop loin non plus de nos clients. Pour eux, la réactivité est un impératif non discutable ». C’est là un des dilemmes des entreprises autour de la capitale. Le foncier y devient rare et les communes ne raffolent pas « des activités bruyantes ».
Un trio Lespert
Jean-Marc Lespert, 60 ans, a toujours travaillé dans l’entreprise créée par son père Joseph en 1965. Il a étudié le dessin industriel à l’EPDI, une école qui n’existe plus et passé un CAP de chaudronnier. Il aime dire « j’ai appris l’essentiel de ce que je sais par les gars à l’atelier ». Ses deux fils sont déjà bien imprégnés du métier. Alexis, 35 ans,Bac STI + CAP de métallerie passé chez les Compagnons est dans l’entreprise depuis 16 ans et sa cousine travaille à ses côtés. Il a été rejoint plus récemment par son frère Timothée, 25 ans. Ce dernier après un bac de cuisinier a finalement bifurqué vers le métal et a également passé un CAP et un BEPde métallerie chez les Compagnons. L’avenir de Sekatol semble entre de bonnes mains.
Sekatol
Effectifs : 19
Chiffre d’affaires : 4 millions d’euros
Surface couverte : 900 m2 sur un terrain de 2 000 m2
Investissement à venir : Déménagement