Poussières d’acier, graisses, projections de soudure : la métallerie ne fait pas dans la dentelle. « Si le personnel administratif est peu concerné par les vêtements de travail, celui de l’atelier et du chantier est directement impacté », résume Lilian Mahy, dirigeant de CMB (Constructions Métalliques Bourbonnaises), 70 salariés. Le problème ? Ces « guerriers de la pose », comme il aime les appeler, ne sont pas ravis de retrouver des particules métalliques dans leur machine à laver domestique, avec le risque de contaminer le linge familial. Pourtant, la pratique du lavage à domicile reste répandue. « Le marché français est encore orienté à 50 % vers l’achat direct et à 50 % vers la prestation de service, sans compter ceux qui lavent sans aucune solution formalisée », observe Manuel Lackermaier, directeur général des ventes chez Mewa Textil-Management. Le hic ? « Un cycle domestique coûte environ 6 euros, use prématurément les machines et transporte des risques de l’entreprise vers le cadre familial. » Sans compter la perte de conformité des EPI, qui nécessitent un entretien normé pour conserver leurs propriétés protectrices.

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Et si l’on commençait par le sous-vêtement ?
En ces mois d’hiver, il est essentiel de veiller à la protection contre le froid. En atelier comme sur les chantiers. Ce fabricant français de vêtements techniques et de protection multi-usage propose la gamme Jaguar de sous-vêtements thermiques. Il utilise un assemblage textile antistatique (viscose, aramide, élasthanne) qui présente la capacité de résister aux flammes (selon EN ISO 11612 classes A1 B1 C1 F1). Ce sous-vêtement qui protège évidemment contre le froid, est recommandé pour les personnes travaillant en atmosphère explosive (Atex), les travaux sous tension, le transport de carburant et le soudage. Sans surprise, les sapeurs-pompiers sont des clients habituels.
Vêtement de travail ou EPI : la confusion persiste

« Il faut bien distinguer le vêtement de travail du vêtement de protection », insiste Valérie Geneves, de l’INRS. « Le premier protège uniquement contre la salissure ou assure une fonction d’identification via le logo de l’entreprise.

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« Il faut bien distinguer le vêtement de travail du vêtement de protection », Valérie Geneves.
Le second est un équipement de protection individuelle (EPI) soumis à des normes françaises harmonisées : résistance du tissu, qualité des coutures, propriétés thermiques ou chimiques… » En métallerie, les salariés portent principalement des EPI résistants à des matériaux à haute température et à des projections incandescentes. Le polyester, par exemple, est proscrit dans ces conditions. « Un vêtement endommagé perd immédiatement sa fonction de protection », alerte-t-elle. D’où la nécessité d’un contrôle visuel avant chaque utilisation : coutures, fermetures, trous éventuels. Chaque vêtement est livré avec une notice d’instructions précisant son nombre maximal de lavages, mais ce seuil n’intègre pas l’usure réelle du tissu. Problème : sur le terrain, la distinction reste floue. « Dans les grosses structures, les vêtements de sécurité sont adaptés et la gestion formalisée », confirme Hervé Gastaud, du Syndicat de la Construction Métallique de France. « Pour les EPI spécifiques (haute visibilité, exposition aux produits chimiques…) l’entretien est souvent externalisé à des prestataires spécialisés. » En revanche, les tenues courantes, bleus et pantalons, sont généralement entretenues par les salariés eux-mêmes, parfois avec une prime de nettoyage. Une pratique que l’INRS déconseille : « Le salarié ne devrait pas ramener ses vêtements à domicile pour les laver, notamment en raison de la présence de produits chimiques sur le vêtement ou de conditions inappropriées du lavage pour le tissu (température trop élevée, produit de lessive inadaptée.) »
La laverie interne pour les plus débrouillards

« Réutiliser et réparer prolonge la durée de vie et réduit les déchets », Manuel Lackermaier.
Face à ce constat et à l’absence de prestataires à proximité, certaines entreprises franchissent le pas de la laverie interne. C’est le choix de CMB, installée en zone rurale dans l’Allier. « On aime bien être assez autonomes », explique Lilian Mahy. Un lave-linge, un sèche-linge, des pastilles : l’installation reste accessible.

« Le tissu, mélange de modacrylique et d’aramide, reste naturellement protecteur sans réimprégnation après lavage", Laurent David.
« Pas d’externalisation, donc pas de renégociation de contrat ni de jour imposé pour la restitution des vêtements. » Mais l’autonomie a un prix : environ 500 euros par personne et par an pour les tenues d’atelier et jusqu’à 860 euros pour les équipes de chantier. Toutefois, la maîtrise reste partielle : « Tout le monde n’utilise pas la laverie. » Le vrai problème ? « Nous sommes en zone rurale, avec peu de services. Même la livraison de repas est impossible à un prix décent », confie-t-il. Les prestataires de location-entretien rechignent à se déplacer pour des volumes jugés trop faibles. Un désert de service que confirme Hervé Gastaud : « La plupart des prestataires concentrent leurs efforts sur les zones denses et les gros volumes. Les PME isolées sont souvent laissées- pour-compte. »
La prestation externe pour les mieux lotis
À l’opposé, les leaders du marché, dont Elis en tête, proposent une solution clés en main : location, entretien, réparation, remplacement. « Notre modèle repose sur l’économie de la fonctionnalité : nous achetons, entretenons et faisons vivre les vêtements tout au long du contrat », explique Antoine Marty, responsable du pôle Industrie chez Elis, qui revendique 40 % de part de marché. « Chaque vêtement est équipé d’une puce RFID garantissant une traçabilité complète : suivi des lavages, contrôles qualité, historique des interventions. » Résultat : des gains environnementaux mesurés (- 60 % d’eau, - 45 % d’énergie, - 5 % de CO2 par rapport au lavage domestique) et une conformité EPI assurée dans le temps.

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Selon le travail réalisé en métallerie, l'habillement et la protection de la personne ne devrait pas être la même.
Chez Mewa, on va plus loin. « Chaque vêtement est contrôlé individuellement à chaque lavage, avec des réparations déclenchées automatiquement », détaille Manuel Lackermaier. Le coût, variable selon les dotations, est assumé comme un investissement RH. « Le vêtement fait désormais partie intégrante du management et de la gestion des ressources humaines », estime Lilian Mahy, qui complète ses tenues de travail par une ligne « sportwear » portée fièrement hors du travail. Reste que cette solution demeure hors de portée pour les entreprises isolées géographiquement ou aux volumes insuffisants. « La volonté est là, mais les filières performantes et accessibles ne couvrent pas tout le territoire », regrette Hervé Gastaud.

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Vêtements techniques enfin confortables

"Elis propose une gamme recyclée conforme aux exigences de sécurité du monde professionnel", Florence Du Chesne.
L’innovation touche aussi les produits eux-mêmes. Laurent David, d’Engel France, présente la gamme Safety Plus, conçue pour l’industrie et le soudage. « Ce sont des produits inhérents : leurs propriétés de protection sont intégrées à la matière. Le tissu, mélange de modacrylique et d’aramide, reste naturellement protecteur sans réimprégnation après lavage. » Ce procédé simplifie l’entretien et évite l’usage récurrent de produits chimiques. Autre rupture : « Notre gamme Safety Plus est plus légère et souple, tout en offrant la même protection. » Lancée il y a deux ans, elle ouvre aujourd’hui de nouveaux marchés à l’entreprise danoise. Côté inclusivité, Engel propose des tailles du 36 au 68 et du XS au XL, au même prix. Il s’agit de modèles autant pour hommes que pour femmes, avec des patronages distincts. Ce n’est pas une déclinaison de tailles masculines : les modèles féminins sont conçus pour leur morphologie. Même topo chez Mewa qui a mis au point une collection de vêtements appelée Dynamic Flame Reflect qui conjugue légèreté, visibilité et protection contre les flammes et les projections de meulage ou soudage, là encore pour homme et pour femmes avec des coupes différentes.

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La problématique si particulière de la métallerie

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Existe-t-il un vêtement de travail idéal pour la métallerie ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Dans un atelier de métallerie il faudrait autant de vêtements et d’EPI différents qu’il y a de situations différentes. Que l’on soit en train de forger, de souder, de meuler ou de lire des plans, régler une machine, assembler des menuiseries aluminium, caler un vitrage, chercher des tôles dans le stock… et cela en tenant compte de la température dans l’atelier, impose de faire des choix qui ne sont pas totalement adaptés à chaque cas. Peu de métiers présentent autant de situations différentes, voire de matériaux différents, dans une même journée de travail. Il devient alors nécessaire de faire des compromis et de veiller à se protéger des risques les plus élevés. Les projections de métaux en fusion, par exemple. Le gratton incandescent qui atterrit dans le cou car le col de la veste n’est pas assez serré est un cas courant… Donc, en plus de porter le vêtement adapté au risque, faut-il encore veiller à le boutonner correctement.
Confort et acceptation : le nerf de la guerre

"Pas d’externalisation, donc pas de renégociation de contrat ni de jour imposé pour la restitution des vêtements", Lilian Mahy.
Au-delà de la logistique, un autre défi émerge : faire porter les EPI des pieds à la tête. « Environ 40 % des cas de non-port sont dus au manque de confort ou à l’esthétique », révèle Mohamed Trabelsi, de l’OPPBTP. En cause : tailles inadaptées, mauvais ajustement, mouvements restreints, inconfort thermique, coupes masculines imposées aux femmes, ou choix guidés par la mode plutôt que par le besoin. Sa recommandation : « Identifier clairement les besoins (cahier des charges) et associer les salariés au choix : proposer plusieurs modèles, tester, puis décider collectivement. » Lilian Mahy applique cette méthode : « Je commande trois ou quatre vêtements, je les essaye moi-même, puis j’arbitre. Je sonde les équipes et retiens les remarques les plus pertinentes. » Un investissement qui paie : confort, adhésion et sécurité sont renforcés.
RSE : recyclage en quête de filières

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"Environ 40 % des cas de non-port sont dus au manque de confort ou à l’esthétique », Mohamed Trabelsi.
Dernier argument en faveur de l’externalisation : l’empreinte environnementale. « Réutiliser et réparer prolonge la durée de vie et réduit les déchets », souligne Manuel Lackermaier. Elis va plus loin avec son programme « Workwear to Workwear » : recyclage des vêtements professionnels usagés en nouveaux textiles via des filières françaises et européennes. « Nous séparons coton et polyester, refilons, retissons pour refaire un vêtement », détaille Florence Du Chesne, directrice de la communication. Mais si il demeure extrêmement complexe de recycler des vêtements de travail pour en fabriquer de nouveaux, « l’offre reste quasi inexistante », constate Hervé Gastaud. « À ce jour, seul Elis propose et commercialise une gamme recyclée conforme aux exigences de sécurité du monde professionnel », précise Florence Du Chesne. Hervé Gastaud résume la situation d’une phrase : « La volonté est bien présente, mais les filières performantes et accessibles manquent encore. Entre l’intention et la réalité opérationnelle, la marche reste haute. » Imaginer à long terme que du vêtement de travail fabriqué à partir de textile recyclé puisse peser favorablement dans le bilan carbone de l’entreprise n’est peut-être pas un objectif absurde. Au vu du poids de la filière textile dans la pollution humaine cela ferait sens.

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Ce que dit la loi
Fourniture gratuite (article R4323-95 du Code du travail). L’employeur doit mettre à disposition gratuitement les EPI, sur la base d’une analyse des risques.
Entretien obligatoire (article R4323-95 du Code du travail). L’employeur doit entretenir et maintenir en état les EPI.
Deux modalités d’entretien
Externalisation chez un prestataire (avec traçabilité).
Engagement du salarié à respecter la notice d’entretien.
Mise en œuvre des mesures de prévention selon la situation de travail (article L4121-1 du Code du travail) : l’employeur doit répondre aux 9 principes généraux de la prévention.
Marquage CE obligatoire : les vêtements de protection doivent répondre aux normes françaises applicables.
Comparatif des solutions
L’Institut national de recherche et de sécurité met à disposition librement :
- Brochure ED 6546 Vêtements de protection : choix et utilisation
- Affiche AD 874 Vérifiez l’état de vos EPI
Téléchargement sur www.inrs.fr
