© Jens Willebrand
Comparée à l’ensemble du marché de la menuiserie en France cela reste une micro-niche. Pour autant, le segment de la menuiserie acier est dynamique et se trouve en pleine mutation. Le Document technique d’application, le DTA, est une des dernières dispositions dont il faudra tenir compte à l’avenir.

Le moins que l’on puisse dire est que le secteur de la menuiserie acier n’a jamais été autant dans la tourmente que ces derniers temps. Il y a les changements de maison mère (Jansen qui rachète RP Technik, Reynaers qui rachète Forster…), les changements de mode de distribution (RP Technik distribué par Schüco et Descasystem aux dépens de KDI, Forster qui passe en direct vers ses clients…). Il faut ajouter la montée en puissance des « préfabricateurs » tels que Oxium, MBM, Eribel, Deveugle, FMA F2M, Chauvet et d’autres qui appliquent souvent des méthodes industrielles de fabrication. Ce segment qui reste une niche minimale (à peine 1 % du marché de la fenêtre en France) est aussi impacté par les fabrications à l’étranger, dans des pays aux coûts de main-d’œuvre moins élevés (Pologne, Portugal, Roumanie…). Dans ce contexte, soulignons que les menuiseries acier d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose en commun avec ce qui était proposé il y a une trentaine voire une vingtaine d’années. Ne serait-ce que la force de vente des gammistes qui s’est musclée en compétence. « Il y a vingt ans, les technico-commerciaux ne savaient pas tous comment fabriquer une menuiserie. Leur maturité technique est nettement montée d’un cran », reconnaît Angel Prol, PDG de Chauvet à Vouillé (86). Aussi, cette famille de produits a changé sur plusieurs points. Outre la rupture ou l’isolation thermique qui se sont banalisées à côté de gammes froides toujours disponibles, il y a des optimisations de fabrication qui ont été développées par les gammistes. Cela se traduit, entre autres, par des simplifications sur la sélection et la pose des joints, par exemple. Mais surtout, elles sont exposées à un cumul de fonctions. « On nous demande de réaliser des menuiseries avec isolation phonique, thermique, avec des propriétés pare-flamme et qui sont en plus classées CR3 ou CR4 pour l’antieffraction », note-t-on chez Chauvet. Alors comme si ces mutations et évolutions ne suffisaient pas voilà qu’arrive la question du DTA.

Apte à l’usage dans le bâtiment ?

Qu’est-ce que le DTA et en quoi va-t-il influencer le marché de la menuiserie acier ? Le Document technique d’application (DTA) est établi par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Les tests et toutes les formalités sont à la charge du fournisseur, en l’occurrence le gammiste. Il n’y a pas d’impact direct pour l’entreprise de métallerie, cependant sans le DTA, un produit peut être refusé par un bureau de contrôle. Ce document qui fait suite à des tests et des essais dont le montant total peut s’élever jusqu’à 80 000 euros, atteste qu’un produit, système ou procédé non traditionnel est apte à l’usage dans la construction. Le DTA était déjà utilisé par les gammistes acier pour certains produits de mur-rideau ou de verrière. Par exemple, chez le distributeur Descasystem sur leur gamme Viss-façade de Jansen ou chez le gammiste Forster sur le profilé de façade Thermfix Vario. Ces DTA étaient surtout demandés lorsque des murs-rideaux étaient réalisés sans critères de résistance au feu et donc relativement rarement. Longtemps les fenêtres réalisées en menuiserie acier avaient été considérées comme « traditionnelles » pouvant donc se dispenser de ce DTA. André-Charles Fasques rappelle que « la gamme Unico possédait un courrier du CSTB, datant de 2007, confirmant que cette gamme était considérée comme traditionnelle ».

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" Le DTA nous permet de rassurer et de convaincre les architectes, les maîtres d’œuvre, les bureaux de contrôle comme les organismes d’assurance", Emmanuel Cothenet, Descasystem.

Il faut dire que le marché de la fenêtre acier était extrêmement étroit à cette époque d’avant les années 2000. C’est grâce à RP Technik (ex-Mannesmann) que la fenêtre fine en acier (Fineline) s’est rappelée au souvenir des métalliers et que les parts de marché ont augmentée au fur et à mesure des années. Suffisamment pour que les bureaux de contrôle estiment qu’il était temps d’exiger des DTA dans les mémoires techniques. C’est le gammiste Jansen en tête des ventes en France qui a été le premier à se prévaloir du DTA. C’était en février 2025.

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Janisol Arte en acier inoxydable.

« Aujourd’hui, le DTA nous permet de rassurer et de convaincre les architectes, les maîtres d’œuvre, les bureaux de contrôle comme les organismes d’assurance et ce sont nos clients qui bénéficient de cette garantie. Nous pouvons ainsi envisager des projets d’envergure grâce à cette certification gage de qualité », explique Emmanuel Cothenet, directeur technique chez le distributeur de Jansen, Descasystem. L’obtention du DTA n’a pas été une simple formalité. Plusieurs mois de tests en laboratoire ont été nécessaires, notamment pour répondre aux exigences de la norme EN 14024, dont le domaine d’application est fait pour les profils métalliques (aluminium ou acier) avec une isolation synthétique. Grâce à son système à rupture de pont thermique monobarrette, Janisol Arte est l’un des produits du marché à satisfaire à ce critère.

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© Studio Etienne
Le design remarquable d'une béquille acier sur une menuiserie Janisol.

« Janisol Arte est un profilé ultra-fin doté d’un système de sertissage innovant, avec des barrettes brevetées renforcées à la fibre de verre. Cette conception lui confère une résistance mécanique élevée, capable d’absorber les contraintes thermiques », détaille Emmanuel Cothenet. Les essais de traction, de cisaillement, d’étanchéité à l’air et à l’eau, ainsi que les tests de vieillissement en climat différentiel, ont confirmé les performances de la gamme.

Importance de la méthodologie de pose

Le gammiste Forster dont les profils Unico se distinguent par une isolation thermique via un treillis en Inox, n’est pas resté les bras croisés. La particularité du treillis métallique ne répond pas à la norme citée ci-dessus. Ce qui, pour le CSTB, n’était pas un problème puisque le rôle de cet organisme est de pousser à l’innovation et de la rendre utilisable sur le marché.

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" Le CSTB a exigé des essais spécifiques pour caractériser la robustesse du concept Unico. Et nous avons réussi tous les essais exigés", Morgan Tormen, Forster.

Morgan Tormen, directeur technique de Forster explique que « le CSTB a exigé des essais spécifiques pour caractériser la robustesse de ce concept. Et nous avons réussi tous les essais exigés. Nous avons par ailleurs réalisé un cahier technique particulièrement poussé incluant des méthodes de pose avec plusieurs compositions de châssis ». De fait, Forster a obtenu le DTA sur ses gammes Unico en décembre 2025. On comprend bien qu’il y a un enjeu économique et de pérennité des ouvrages déterminant dans la démarche du DTA. André-Charles Fasques, directeur général de Forster France, nous explique : « Un instructeur du CSTB va voir nos clients et regarde comment ils procèdent dans la fabrication et à la pose. Il peut faire faire des essais supplémentaires pour mesurer les résistances et l’étanchéité, par exemple. Il peut demander des tests de vieillissement avec des cycles de montée en température et en environnement salin. L’étanchéité d’une menuiserie tient aussi à la méthodologie de pose. Car en France on pose principalement au nu intérieur, dans le doublage. Dans d’autres pays c’est au nu extérieur. En France, un défaut d’étanchéité provoque un risque d’infiltration dans l’isolant intérieur. Il faut prouver que la menuiserie est parfaitement étanche en fonction de la méthodologie de pose ».

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Fenêtre isolante avec l'Unico XS.

Entre prises de cotes et réalité de chantier

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Les métalliers le savent : l’étanchéité périphérique d’une menuiserie, les reprises d’isolation, les aléas entre prises de cotes et réalités du chantier sont autant de points sensibles dans leur quotidien. Afin de réaliser un DTA qui ne soit pas qu’un bout de papier à 80 000 euros, Forster a développé une proposition complète et standardisée de profilés d’habillages intérieurs et extérieurs conçus pour leurs fenêtres acier Unico et Unico XS.

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Réalisation en Unico XS à la Maison Adeline Favre en Suisse.

Cette solution, intégrée dans le DTA est conforme au DTU 36.5 pour les configurations courantes de doublage intérieur de 120 à 200 mm et la pose en tunnel. Elle permet en plus une mise en œuvre en atelier rapide et une pose sur les chantiers d’un ensemble complet équipé des BTC (bavette, tapée, couvre-joint). « Un poseur fait ce qu’il sait faire : poser. Nous lui évitons les reprises de tôlerie et les questions d’étanchéité une fois sur chantier. Il arrive avec un bloc fenêtre acier complet et prêt à poser », résume Morgan Tormen.

Alors qu’en est-il des gammes qui n’ont pas ce document ? « Sans DTA il faut pouvoir prouver ce que l’on promet », explique André-Charles Fasques. « Nous l’avons fait depuis 2007. Maintenant les règles ont changé et le DTA est la « nouvelle norme » pour les fenêtres en acier ». L’avis de chantier reste possible pour les cas particuliers, c’est une des pistes, mais ce document sera nécessairement à la charge de l’entreprise.

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De quoi parle-t-on ?

Le DTA (Document Technique d’Application) est un document officiel délivré par le CSTB qui :

  • Atteste qu’un produit, système ou procédé non traditionnel est apte à l’usage dans la construction.
  • Complète et précise les conditions d’utilisation du produit (pose, performance, compatibilité, sécurité, durabilité…)
  • Aide maîtres d’ouvrage, artisans et bureaux de contrôle à garantir la conformité réglementaire.

À quoi sert-il exactement en menuiserie ?

  • Valider l’emploi d’un produit innovant ou hors norme (portes spéciales, menuiseries hybrides, systèmes de fixation, étanchéité, isolants innovants…).
  • Donner un cadre technique d’utilisation (conditions de mise en œuvre, limites dimensionnelles, supports compatibles…).
  • Faciliter l’assurance décennale, car les assureurs exigent souvent un DTA pour les produits non traditionnels.
  • Garantir la conformité aux normes en vigueur, le respect des DTU et règles de l’art.

www.cstb.fr