La ligne loft a le vent en poupe dans les CHR. Que ce soit le béton, l’acier et le verre, ils sont en tête d’affiche dans les cafés – hôtels et restaurants. « Le style industriel et brut est recherché », observe Axel Swistek, gérant de la métallerie Swistek à Toufflers (59), qui repère les mêmes partis pris jusque dans plusieurs bars de Budapest en Hongrie où il a passé ses vacances. La raison ? Un décor qui frappe sans multiplier les matières, pour « un maximum d’esthétique avec un minimum de coût », résume-t-il.
Mais la mode ne fait pas tout. Le métal doit aussi sa percée à un mouvement de fond : la salle veut voir la cuisine. Rien d’étonnant, alors, à ce que Swistek ait signé au taproom de la Brasserie Cambier, à Croix (59), des châssis vitrés séparant cuisine et salle de dégustation « sans assombrir l’espace ». Le même réflexe anime Pauline Moussier, architecte d’intérieur qui a conçu le bar restaurant Hellcity de Clisson (44) ; de grandes verrières ouvrant sur la cuverie Inox, où « les équipements de production ne sont pas dissimulés : ils deviennent un élément du décor ». Le métal, longtemps invisible, se retrouve en majesté. La meilleure preuve, pour le client, que l’on cuisine et que l’on brasse vraiment sur place. Le cuivre, adopté de longue date par les grands chefs pour sa capacité à chauffer vite et de façon homogène (L’Hôtellerie-Restauration, 22 juin 2023), n’est d’ailleurs jamais loin de ces cuisines mises en scène, jusque dans le décor de Hellcity, avec un crâne et des tubes de cuivre laissés apparents.
Le registre change du tout au tout selon les lieux. À la brasserie La Coupole, à Annecy (74), Séverine Werner Sczyborsky et Béatrice Désiré, architectes associées de Studio Origami, ont choisi le métal pour incarner les Années folles et leur tradition de ferronnerie, retravaillée dans une écriture épurée : « Le choix du métal découle avant tout du thème des Années folles, on ne voyait pas ces ouvrages réalisés en bois », expliquent-elles, pour qui « pierre et métal fonctionnent dès qu’un peu de lumière vient réchauffer l’ensemble ». À Hellcity, changement total de décor : le zinc et l’acier Corten habillent la partie contemporaine d’un ancien édifice pyramidal, pour raconter une histoire commune entre héritage égyptien et esthétique rock du festival Hellfest voisin. Dans l’hôtellerie de luxe bourguignonne enfin, Alban Bazatte, de Brio Manufacture, distingué l’un des Meilleurs Ouvriers de France en ferronnerie, marie « les lignes droites et épurées de la métallerie contemporaine avec l’élégance intemporelle du fer forgé » au Caveau de l’Hôtel Les Charmes, à Meursault (21).
Industriel, rétro, rock ou précieux : le métal n’impose donc pas un style, il les porte tous.
De la structure à l’œuvre d’art

© Pyc
"L'acier permet un maximum d'esthétique avec un minimum de coût", Axel Swistek.
Un châssis vitré, des luminaires taillés dans des fûts de bière détournés, une structure suspendue pour accueillir des plantes retombantes au-dessus des clients : sur le seul chantier du taproom Cambier, Swistek Métallerie décline le même matériau en trois usages radicalement différents. « Le métal permet de répondre à des demandes extrêmement variées », résume Axel Swistek, qui a par ailleurs livré un bar, un comptoir et un ciel de bar entièrement métalliques pour un autre établissement. À La Coupole, Benjamin Ladame, de Ladame Métallerie à Allonzier-La-Caille (74), et le Studio Origami, ont taillé l’arrière-bar et des arches reprenant le « C » de l’identité du restaurant, dans une finition canon de fusil qui marie l’alliage moderne à la pierre ancienne, sans jamais répéter deux fois le même motif. « On ne voulait surtout pas simplement répéter le même C partout », explique Benjamin Ladame : les dimensions et les proportions changent selon les zones, pour garder un fil conducteur sans tomber dans la redite. « C’est là que la métallerie apporte aussi quelque chose, on peut vraiment travailler les formes et les courbes que l’on souhaite. », ajoute le Studio Origami. Un peu plus loin dans le restaurant, les arches s’allument : intégrées à l’éclairage pour compenser un plafond trop bas, elles sont nées d’un dialogue technique fluide avec le Studio Origami, qui salue chez le métallier sa capacité à comprendre vite ses intentions.

L'hôtel et le restaurant L'Isle de Leos à l'Isle-sur-la-Sorgue a une forte identité métallique. Notamment par sa grande verrière réalisée par Sud Fer Alu.
Le métal ne s’arrête pas au mobilier. À Hellcity, il change carrément de statut : Pauline Moussier y a intégré un arbre en métal rouillé signé Monic La Mouche, un crâne aux papillons en cuivre et un olivier monumental en bronze de l’artiste Philippe Pasqua, recoupé pour passer les portes du bâtiment avant d’être réassemblé à l’intérieur. « L’art n’est pas ajouté après coup, résume l’architecte : il structure les circulations et les usages. » Structure, mobilier, luminaire, sculpture : un seul métier, quatre échelles.

Ce type d'avancée fait partie des classiques réalisés par des métalliers habitués d'intervenir dans les cafés, ici la métallerie Boudier à Dijon.
Les rooftops : quand l’acier monte au ciel !
C’est plus qu’une tendance, c’est un phénomène qui est parti pour durer. On n’envisage plus une réhabilitation de tour (voire d’immeuble d’habitation) sans imaginer une utilisation de cette « cinquième façade ». Une fois réglé la question des locaux et équipements techniques qui alimentent le bâtiment, il y a une grande liberté pour y placer des espaces de détente voire de travail en plein air. Or, dans une ville comme Paris, le rooftop est devenu un lieu d’expérience à part. On y est à l’écart tout en profitant souvent d’une vue intéressante.

Une rooftop de la chaîne de restaurants Mama Shelter.
Pour ces aménagements c’est l’acier qui est le matériau privilégié. En couverture, en garde-corps et en mur vitré, en verrière comme en mobilier, en passerelle ou habillages à végétaliser… les opportunités ne manquent pas pour les métalliers d’intervenir sur les toits-terrasses. Reste évidemment l’accessibilité qui est nécessairement plus contraignante qu’au rez-de-chaussée. Ça suppose de prendre un peu de hauteur dans son métier…

Le rooftop de la Poste du Louvre à Paris. Lieu exceptionnel.
Solide, hygiénique et rentable

Le restaurant Spot Palace à Hossegor (40) a été aménagé par la métallerie Destivelle.
C’est ce qui a fait des nuances 304 et 316L la référence notée par la réglementation européenne dans toute zone de préparation alimentaire (voir encadré). Mais l’atout hygiène ne s’arrête pas à la porte de la cuisine : sur l’arrière-bar de La Coupole, Benjamin Ladame explique avoir pensé dès la conception « le poids des bouteilles, les manipulations, le nettoyage et l’accès aux équipements », notamment pour permettre l’entretien facile des LED intégrées. Un matériau qui se nettoie vite et bien, dans un métier où chaque minute de service compte : l’argument parle autant au chef qu’à l’architecte. On peut aussi imaginer que le client, surtout depuis l’épidémie de Covid est devenu plus sensible à l’hygiène dans les lieux publics et les CHR en particulier.
La longévité et le bilan carbone

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Au Caveau de l'Hôtel Les Charmes, à Meursault (21) Brio Manufacture a réalisé des ouvrages métalliques dans un style intemporel.
Correctement protégé contre la corrosion, l’acier encaisse aussi les chocs et l’usage intensif d’un lieu recevant du public. Axel Swistek évalue à « vingt, trente, voire quarante ans » la longévité d’un ouvrage intérieur bien conçu. De quoi amortir un investissement sur la durée, un argument qui parle à n’importe quel restaurateur. Les châssis fixes du taproom Cambier n’auront ainsi sans doute jamais besoin d’être remplacés pour cause d’usure. S’ils changent un jour, ce sera pour suivre une nouvelle identité visuelle, pas parce que le métal aura rendu les armes. Axel Swistek tempère toutefois l’argument écologique trop vite dégainé. « Oui, l’acier se recycle à l’infini, mais sa production reste énergivore et les bilans carbone actuels ne valorisent pas toujours cette longévité à sa juste mesure ». Solide, propre, rentable, le métal coche toutes les cases d’un secteur où chaque jour de fermeture coûte cher.

© Charlot
Mode d’emploi pour se lancer
Nouer le dialogue tôt avec le client change tout, plutôt que d’arriver avec un plan figé. « Le diable est dans les détails », résume l’atelier Bazatte, qui dispose d’un bureau d’études interne dédié aux échantillons de matières et de patines. « Il nous arrive régulièrement de faire des propositions techniques totalement différentes du plan initial et de voir l’architecte changer son fusil d’épaule au vu de la pertinence de nos prototypes. » Même logique chez Swistek Métallerie : un dessin séduisant n’est jamais validé tel quel, l’entreprise vérifie sa faisabilité et propose au besoin des renforts. Elle n’a, à ce jour, jamais refusé de chantier pour impossibilité technique.

Cette arrière-cour d'un immeuble parisien a été totalement transformée par la métallerie Gougeon pour le compte d'un salon de thé.
Autre réflexe : penser l’usage réel dès le dessin, pas seulement le rendu esthétique. C’est tout l’enjeu qu’a géré le Studio Origami sur l’arrière-bar de La Coupole, où la résistance à l’eau chaude comptait autant que la patine recherchée.

Swistek a réalisé pour la Brasserie Cambier de Croix (59) cet ensemble séparatif entre la salle et la cuisine.
Reste le nerf de la guerre : le calendrier. Entre le financement et l’ouverture, les délais sont souvent extrêmement courts : les exploitants veulent limiter au maximum la durée de fermeture pour rentabiliser vite leur investissement, ce qui pousse tous les corps d’état à intervenir en même temps. Le Studio Origami en garde d’ailleurs un vif souvenir : repris en urgence après l’éviction d’une décoratrice, le concept de La Coupole a été élaboré en deux semaines, « avec quelques nuits blanches », pour une livraison en temps record. Le bon conseil, donc : choisir un métallier bien rodé à ces cadences, capable de sécuriser vite ses approvisionnements et de tenir un délai aussi bien qu’une esthétique.
Du bar à l’œuvre d’art, la démonstration est faite : seul l’acier peut tenir trente ans, résister à un coup de feu et signer une ambiance. Pas mal, pour un matériau longtemps resté confiné derrière des portes battantes !
Les raisons de son succès

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- Hygiène et sécurité : L’acier inoxydable possède une surface lisse et non poreuse qui empêche le développement des bactéries et simplifie le nettoyage quotidien.
- Durabilité : Ce matériau résiste aux chocs, à l’eau et à la corrosion, ce qui prolonge la vie des équipements et des surfaces.
- Esthétique : Il s’intègre facilement dans les décors industriels, minimalistes ou contemporains.
Ses applications principales
- Cuisines professionnelles : Les tables de travail, les étagères et les plans de cuisson en inox forment la base des cuisines modernes.
- Salles et comptoirs : Les bars, les tables et les éléments décoratifs s’habillent d’acier ou d’acier corten pour donner du caractère au lieu.
- Ouvertures : Les menuiseries et les baies vitrées en acier permettent d’aménager les terrasses et les cuisines ouvertes avec un design épuré.
Ce que dit la loi
En cuisine professionnelle, la loi tranche avant même que le style s’en mêle. Le règlement européen CE 852/2004 impose des surfaces non poreuses, lavables et désinfectables au contact des aliments. Le règlement CE 1935/2004 encadre plus largement les matériaux autorisés. Résultat : l’inox, notamment les nuances 304 et 316L, s’est imposé comme le standard des plans de travail, des hottes et des équipements, quand le bois brut, lui, reste proscrit. Passé la porte de la cuisine, en revanche, la loi ne dicte plus rien : en salle, en terrasse ou au bar, laiton, fer forgé et aciers patinés reprennent tous leurs droits.