© Matthieu Favraud
Les boutiques de luxe se doivent d’être régulièrement réinventées. La bonne réputation d’une marque se mesure aussi à sa capacité à réécrire le style des boutiques. Le maroquinier Polène a frappé fort avec cet escalier hélicoïdal habillé d’une fine couche de bois.

Chantier.jpg
© Matthieu Favraud
L'escalier a été monté en plein chantier, une fois le gros œuvre terminé.

Malgré les mutations du marché du luxe et l’apparition de nouvelles formes de ventes, les boutiques de luxe restent un des piliers de l’attractivité de Paris. La capitale française qui est la plateforme rêvée des grandes marques du secteur, connaît aussi des aléas. Outre le commerce en ligne qui n’épargne pas ce segment premium, il y a les pop-up stores, qui secouent violemment le commerce des marques. Il s’agit de magasins éphémères qui jaillissent n’importe où et qui sont poussés par des campagnes actives sur les réseaux sociaux avec l’aide souvent d’influenceurs. Ils permettent à de jeunes créateurs de se faire connaître mais aussi aux grandes marques de se délester de leurs invendus. Une des réponses des boutiques des grandes avenues est de recourir régulièrement à des liftings voire à des réfections intégrales avec gros œuvre transformé de fond en comble. Les artères historiques de la capitale, telles que la rue Saint-Honoré, la place Vendôme, la rue de la Paix, l’avenue Montaigne et, évidemment, les Champs-Élysées, restent parmi les pôles d’attraction majeurs de la mode et du luxe dans le monde. C’est aussi dû à ce continuel changement de décor dans ces espaces commerciaux atypiques. Ils donnent le ton au reste de l’univers de la mode. Pour répondre à cet impératif de qualité et de flamboyance, il faut des entreprises avec un haut niveau de compétence associé à un niveau tout aussi élevé d’organisation. Être la cause d’un retard dans l’ouverture d’un magasin dans cette catégorie est juste inenvisageable. C’était le cas du nouveau magasin du maroquinier Polène au numéro 2 du Rond-point des Champs-Élysées dans le huitième arrondissement de Paris.

Des sacs pour célébrités

REMEscaliers-POLENE2025-Photos017.jpg
© Matthieu Favraud
Le métal est recouvert d'un panneau composite à base de noyer de 3 mm d'épaisseur.

Tous les métalliers de France ne sont peut-être pas familiers des marques de sacs à main. Alors, au sujet de Polène, il faut savoir que cette société a été créée en 2016 par Elsa, Mathieu et Antoine Mothay. Du cuir italien est associé à du savoir-faire de maroquiniers espagnols et une création purement française. C’est grâce au cinéma et à la série TV à succès Emily in Paris, que Polène franchit la barrière de l’anonymat. Plus tard, un des sacs Polène sera vu au bras de Kate Middleton, épouse du prince William. La notoriété est faite et aujourd’hui la valorisation de l’entreprise qui comprend une part minoritaire du groupe LVMH, s’élève à un milliard d’euros. C’est dire l’importance qui a été accordée à la boutique des Champs inaugurée en 2024. Cet espace de 450 m2 qui était une coquille vide sur deux niveaux a été confié au cabinet d’architecture WGNB. Les courbes y sont omniprésentes dans la construction d’un dôme, dans la forme du mobilier et dans l’escalier hélicoïdal qui invite à découvrir l’étage supérieur. Cet escalier est en ellipse. Vu de haut il a la forme d’un ballon de rugby. Il s’agit d’une structure métallique entièrement recouverte d’un fin panneau de bois.

Un travail millimétré

REMEscaliers-POLENE2025-Photos025.jpg
© Matthieu Favraud
Les présentoirs dans le magasin sont traités avec le même panneau à base de noyer.

L’ossature a été posée sur site et le bois a ensuite été plaqué dessus. Les limons sont à multirayons. Des marches en tôle avec des accessibilités pour poser le bois qui devient la peau. Ce bois qui est un composite contreplaqué réalisé à partir de noyer de 3 mm d’épaisseur a été vissé par l’arrière de manière invisible. Nous devons ce travail minutieux et millimétré à la Menuiserie Bonnardel installée à Vulaines-sur-Seine (77). « Nous avions trois mois pour tout réaliser. Le menuisier a dû travailler en 3D pour faire ses coques à partir des plans. Il démarre par le haut et descend. Nous sommes ici au mm, c’est de la bijouterie d’ajustement. La modernité des outils de mesure et de conception, permet de réaliser ces ouvrages sans trop de perte de temps. Le bois est teinté et huilé et une couche de vernis a été appliquée sur la main courante. À la base on avait imaginé un habillage de cuir pour rappeler la maroquinerie, mais le projet a été modifié », raconte Matthieu Favraud, dirigeant de REM, métallier spécialiste de l’escalier. Il a fallu des centaines d’heures de conception et de fabrication dans l’atelier de Craon (53). « C’était un bon chantier, tout s’est bien déroulé. Mais le respect du timing des opérations était essentiel. La boutique qui n’ouvre pas c’est impensable », conclut Matthieu Favraud.

Maître d’ouvrage : Polène maroquinier

Maître d’œuvre : Hajar Limati, architecte

Gros œuvre : AMB

Métallerie : REM

Habillage bois : Menuiserie Bonnardel

REM, spécialiste de l’escalier

EquipeREM.jpg
© Matthieu Favraud
L'équipe de REM qui a participé au montage de cet ouvrage.

C’est Bernard Favraud, père de l’actuel dirigeant, Matthieu Favraud, qui a créé l’entreprise en 1985. « Mon père, maintenant retraité, était tourneur fraiseur et fabriquait des escaliers industriels assez simples dans une entreprise de Romainville en région parisienne. Il aimait la mécanique et les belles soudures. Il a alors décidé de travailler autrement et sur des ouvrages plus exigeants. Avec un associé il a alors monté sa propre entreprise en Seine-Saint-Denis avec des ateliers en Mayenne ». Pourquoi l’escalier ? « C’est une pièce artistique potentiellement complexe que nous réalisons aussi pour les métalliers. Nos clients et confrères ne sont pas tous en mesure de réaliser de tels ouvrages ». Matthieu Favraud qui a été à l’école des métiers d’art Adolphe Chérioux à Vitry-sur-Seine (94) a une maîtrise d’architecture. Il a été un temps dessinateur et conducteur de travaux chez Lafarge et d’autres entreprises du BTP. Quand en 2007 son père lui propose d’intégrer l’entreprise familiale, il se forme chez un métallier de Granville, car du métier il n’en connaissait que les contours lors de « petits boulots d’été ». L’entreprise compte aujourd’hui 35 salariés et dispose d’un sérieux carnet de références. « Nous travaillons à 50 % pour les métalliers. Dans les gros chantiers nous ne prenons que le lot escalier. Nous ne sommes pas en concurrence avec les métalliers. Les grandes entreprises préfèrent avoir à faire avec un « escaliéteur » qui connaît son domaine, autrement il y a sous-traitance par le métallier », précise Matthieu Favraud.