
A gauche on distingue le fronton en staff rétroéclairé.
Maître d’ouvrage : SAS Madeleine Opéra
Maître d’œuvre : Brunet Gratio, architecte Agent M, architecte d’intérieur
Métallerie : Schaffner
Staff : Werey Stenger
Peinture : Toma Peinture
Montant lot métal : 834 500 euros HT
Le projet d’urbanisme date de 1958. Or, il aura fallu attendre 1990 pour voir la livraison de la tour Cristal sur le quai André Citroën à Paris. Ce délai considérable est dû à une série de changements dans la destination même de cette construction. Placée dans le projet du Front de Seine, dans le quinzième arrondissement de la capitale, cette tour appelée alors H16 était destinée à recevoir des logements. Dans les années soixante, cette vocation d’habitation est abandonnée pour devenir une tour de bureaux avec l’idée d’y placer le Centre d’information télévisé (CIT). Face à la Maison de la Radio, cela faisait sens pour les urbanistes de l’époque. Plus tard, un projet de logements refait surface après le refus par l’ORTF de s’y installer. Ultime revirement au début des années quatre-vingt avec le projet des architectes Le Bail et Penven. « La tour s’inscrira dans un cylindre dont le diamètre ne pourra excéder 45 mètres, ni une hauteur de 126 mètres. Le principe d’une tour de bureaux est désormais acté », lit-on dans une synthèse du Conseil municipal de Paris. Le bailleur Cogedim et AGF Immobilier réceptionnent donc en 1990 un édifice de 29 étages emblématique de ce paysage urbain parisien. D’une hauteur de 100 m, la seizième tour du Front de Seine se reconnaît à son mur-rideau de verre réfléchissant de teinte bleu avec des angles obliques aux « bow-windows » et ses pans coupés qui soulignent le côté « diamant et cristal ». Annoncée par le duo d’architectes comme « une sculpture de verre et non une simple barre verticale », celle-ci n’avait pas véritablement de hall d’accueil. Le propriétaire de l’édifice a souhaité changer ça.

Les cloisons vitrées ont été réalisées avec du tube du commerce habillé de Promat et capoté d'aluminium.
Une extension vitrée sur rue
En 2020 dans le cadre d’une refonte de l’architecture du socle de la tour, les architectes d’Agent M proposent la création d’une extension vitrée sur rue avec une mezzanine. Ce nouvel espace ultra-lumineux grâce à de grandes baies en mur-rideau avec profils en Inox poli miroir se veut être « un geste architectural fort ». Outre la luminosité, c’est l’escalier hélicoïdal à double limon caissonné qui marque les visiteurs. Réalisée en tôle d’acier de 6 mm d’épaisseur cette pièce fabriquée dans les ateliers de l’entreprise Schaffner à Duppigheim (67) est dotée de leds sous le nez de marche qui éclairent superbement l’ensemble. « L’escalier qui a reçu un staff en sous-face a fait l’objet d’une extrême attention à la fabrication comme à la pose. Par exemple, les limons ont été traités avec une peinture liquide nacrée côté extérieur et blanc côté intérieur. Un travail exceptionnel proche d’une qualité carrosserie réalisé par le MOF Thomas Cronimus dirigeant de Toma Peinture », raconte Vincent Schaffner, codirigeant avec son frère Philippe de cette illustre métallerie alsacienne. Cette dernière a dû réaliser des travaux supplémentaires sous cet escalier dans l’éventualité de la création d’un escalier supplémentaire menant vers les niveaux inférieurs.

Des parements métalliques bicolores ont été fabriqués et posés par le métallier.
Vitrages bords- à-bords
Schaffner a également réalisé les cloisons de la cafétéria entre autres. « Nous avons réalisé toutes les cloisons coupe-feu avec une structure métallique tubulaire recouverte de Promat (Avis de chantier) et recouverte de tôles pliées en aluminium, des vitrages bords-à-bords coupe-feu de chez Vetrotech et des ouvrants de type Linux (St Gobain) », précise Vincent Schaffner. Autre travail dans le lot du métallier : la structure métallique qui supporte le fronton éclairé. Il faut aussi citer les parements muraux métalliques bicolores assez inédits, blanc d’un côté et cuivré de l’autre. C’était semble-t-il délicat à poser sur place. Enfin, « nous avons fait un châssis vitré à l’étage, sérigraphié avec un motif dégressif, qui cache la tranche de dalle. Un vitrage de 3 m de haut bord à bord parclosé en périphérie qui fait office de garde-corps », rajoute le métallier.

Le chantier de pose.
Seulement voilà, ce magnifique hall, livré en 2021, n’existe plus aujourd’hui. Cogedim a vendu la tour à un bailleur. Le nouveau propriétaire a décidé de changer radicalement le bâtiment. Il fait appel aux architectes de l’agence danoise BIG et au parisien Anthony Béchu, qui, dans l’idée d’une meilleure performance environnementale, suppriment la façade existante et le hall. Ce dernier avait tout juste un an d’existence.
Un formidable gâchis
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En 2023 a démarré la dépose de la façade mur-rideau de la tour Cristal. La restructuration entraine un véritable curage du bâtiment d’origine dont ne subsiste aujourd’hui que l’ossature et les planchers béton. Sa forme devient cylindrique au point de faire changer le nom qui devient « Circle ». On comprend bien la nécessité de remplacer les façades pour gagner en performance énergétique et pour donner une nouvelle allure à l’édifice. Mais pourquoi n’est-il pas possible de conserver ce socle superbe ? Il a fini à la benne. Pourquoi ici, alors que cela fait couramment sur des monuments historiques, n’a-t-on pas isolé le hall durant les travaux de restructuration ? Alors que le secteur du BTP s’efforce par tous les moyens de réduire son impact environnemental, ce formidable gâchis envoie un bien triste message à tous les acteurs engagés dans cette course. Et ne parlons pas du sentiment que cette destruction induit chez les compagnons qui ont œuvré sur cet ensemble.