L'atelier dédié à la métallerie.
C’est devenu courant. Presque banal. Des ateliers artisanaux qui sont repris par des cadres de grands groupes et qui deviennent des PME performantes. Ces cas sont nombreux en France. Certes, il y a toujours des contre-exemples. Mais globalement ces reprises sont des succès. Ils rappellent une évidence : pour diriger et faire prospérer une métallerie, pas besoin de savoir dessiner un escalier ou manier une torche à souder… Le cas Masfer en est l’illustration parfaite. Créée en 1989 par le ferronnier Lucien Domeyne dans un garage à l’Isle-sur-la-Sorgue (84), Masfer est repris en 2001 par Philippe Catinaud. L’ancien directeur d’usine du groupe Saint- Gobain, alors âgé de 43 ans, cherchait une entreprise à reprendre dans le Vaucluse. L’ingénieur Arts & Métiers féru de mécanique, avait déjà une sensibilité pour la matière. « Le métal ça me parle, j’étais à l’aise et je voulais un secteur avec du savoir-faire », dit-il. De là à devenir dirigeant d’une métallerie… C’est la rencontre avec le cédant qui réussit à le convaincre. Lucien Domeyne restera douze ans comme directeur technique, c’est dire la confiance entre les deux hommes. Entre-temps, l’entreprise est passée de cinq à presque trente salariés. Elle a surtout déménagé en 2015 dans un bâtiment neuf.
Philippe Catinaud
![]()
Né en 1958 à Paris, son père était dessinateur industriel et son grand-père maçon. Philippe Catinaud est ingénieur Arts & Métiers. Il a connu une carrière professionnelle brillante qui l’a conduit dans plusieurs grands groupes (dont Saint-Gobain) aussi bien dans le secteur de la détection nucléaire que celui de l’isolation thermique. Arrivé dans le Vaucluse pour y diriger une usine, il refusera trois ans plus tard sa mutation aux USA. Sa famille s’étant attaché à la région, il préfère « tirer sa révérence ». Notre homme décide alors de devenir son propre patron. On est en 2001. Plus de deux décennies plus tard, Philippe ne regrette rien, au contraire. « J’ai un vrai plaisir à travailler, je veux continuer aussi longtemps que possible », dit-il.
www.masfer.fr
Un bâtiment conçu en interne
Situé dans une zone d’activité récente de la commune du Thor, à l’est d’Avignon, ce nouveau bâtiment a été imaginé et conçu par l’équipe Masfer. La configuration est classique. Un édifice rectangulaire avec une voie de circulation périphérique, plusieurs ouvertures avec de grandes portes sectionnelles et des baies vitrées. Le flux a été pensé avec bon sens et logique. L’accueil est au rez-de-chaussée, les bureaux, le showroom, la salle de réunion sont à l’étage. À noter que, malgré les BSO aux fenêtres, les bureaux sont climatisés. L’ensemble est confortable et lumineux. La zone de production est divisée en trois espaces distincts séparés par des cloisons vitrées : L’atelier dédié à la menuiserie aluminium, l’atelier de métallerie et l’atelier réservé à la fabrication des menuiseries acier et laiton. Coté machines, c’est du classique. Ici pas de table de découpe laser ou de centre d’usinage dernier cri. Presse plieuse, cisaille, perceuse sur colonne, machine à copier, une scie double tête (Fom), une rouleuse de tôle… Tout juste remarque-t-on les tables à souder du fabricant français JPS installées dans l’espace menuiserie acier et laiton. « Ce qui nous intéresse, c’est de conserver le savoir-faire manuel », dit Joan Ballay, le responsable métallerie. L’originalité c’est le montage des quincailleries qui se fait en mezzanine. « Il n’est pas question de faire ce travail minutieux et précis près d’une zone de production avec des projections et des poussières », souligne Nicolas Heddebaux, responsable de l’activité menuiseries acier et laiton. Les châssis sont montés à l’étage avec un chariot élévateur et redescendus par une voie de sortie directement sur le camion de livraison.

Bacs de brunissage des châssis en laiton.
On pousse les châssis minimalistes
À l’image de ses trois espaces de production, le champ d’intervention de Masfer est relativement large. Des références dans les monuments historiques, des chantiers de garde-corps, passerelles, planchers… et les menuiseries dites minimalistes. C’est là une spécialité de Masfer. Les menuiseries ultrafines en acier ou en laiton avec pour fournisseurs le néerlandais MHB et l’italien Secco Sistemi. MHB propose des profils acier à rupture thermique qui ressemblent à s’y méprendre aux cornières et fers T avec à peine 30 mm de face vue pour des châssis à frappe ou repliables dans des dimensions géantes. Les profils laiton de Secco Sistemi sont brunis dans un bac extérieur selon le choix du client. Un savoir-faire inexistant dans la région et même rare en France. Autre savoir-faire rare : les châssis panoramiques ou minimalistes. Masfer a choisi la marque Weeeze pour réaliser des menuiseries coulissantes, à frappe ou repliables dans des dimensions géantes. L’expérience de la pose y est un critère déterminant de réussite.

Les menuiseries laiton prêts à être posées.
On l’aura compris, Masfer est plutôt positionné sur le haut de gamme, cela vaut aussi pour l’aluminium (gamme Kawneer). « Nous fabriquons nous-même les châssis alu car ça nous donne un avantage en termes de délais. Aussi, nous aimons avancer sur des choses que tout le monde ne sait pas faire. Les grands châssis repliables à une main en font partie », note en souriant Patrick Veis le responsable aluminium. L’acier fin et le laiton trouvent leurs marchés auprès de clients particuliers ayant des villas dans le Luberon voire sur la Côte d’Azur.
Une énergie créative
Mais au-delà du positionnement sur des marchés porteurs, la réussite de Masfer tient à son management. Son dirigeant Philippe Catinaud qui pourrait faire valoir ses droits à la retraite, aime son métier et ça se sent. Il impulse une énergie créative et assure un management attentif à l’écoute et au confort au travail. Les projets innovants ne manquent pas, à l’image de celui des maisons à ossature métallique avec le profil Sadef (Voest Alpine). Ses chantiers originaux, son engagement sincère sur le terrain de la construction durable et de l’écologie contribuent également à attirer des jeunes qualifiées. Ce qui ne manquera pas d’intéresser un potentiel repreneur…

Un lavoir refait à l'identique à l'Isle-sur-la-Sorgue.
Entreprise : Masfer
Effectifs : 28
Chiffre d’affaires : 4,5 millions d’euros
Surface couverte : 1 200 m2 dont 600 m2 à l’étage
Investissements récents : 350 000 euros en aménagement et équipement machine
Investissement à venir : Matériel de soudure avec traitement des fumées