Cela fait vingt-cinq ans que l’auteur de ces lignes couvre la métallerie avec des reportages. Des centaines d’entreprises ont été visitées. Peu d’entre elles ont poussé aussi loin le sens de l’esthétique. Chez Métal 360 ça commence dès le parking. Devant chaque emplacement, sont fixées au sol des plaques d’Inox avec des mots découpés au laser. Nous sommes à la campagne. Le bâtiment flambant neuf est entouré d’un pâturage bordé de ganivelles. Un duo d’ânes assure l’écopâturage. Des jardinières en acier Corten avec des Yuccas marquent l’entrée. Une grande baie vitrée laisse entrevoir un hall avec à gauche un coin salon confortable et à droite le bureau du dirigeant derrière un superbe escalier hélicoïdal accroché délicatement à la mezzanine. Tout ici est fait pour magnifier le métal et indiquer aux visiteurs son sens du goût et du savoir-faire. Est-ce seulement de la façade ? Une vitrine trompeuse ? Qu’est-ce qui motive le dirigeant de cette TPE à être dans une telle minutie esthétique ? N’en fait-il pas trop ? Nous avons cherché à comprendre le cas Métal 360.
Tommy Bouchet a créé Métal 360 en 2014. Il avait 24 ans et déjà quelques années d’expérience professionnelle. Enfant du pays né à Cholet, il revenait d’un périple entre le Canada et l’île de Saint-Barthélemy.
Tommy Bouchet

Né en 1990 à Cholet, aîné d’une fratrie de trois garçons, il est le fils d’une mère employée du textile et d’un père paysagiste. Le goût pour le métal lui a été transmis par son grand-père. Sa formation a débuté à 16 ans avec un CAP passé à la Roche-sur-Yon suivi d’un BP passé à Saint-Herblain. Après avoir été finaliste national des Olympiades des métiers (ancien nom des Worldskills) en 2011, il crée sa première microentreprise dans l’abri à jardin de ses parents. À 22 ans, il part pour le Canada et y apprend l’importance du management d’équipe. Deux ans plus tard, il revient en France et créé Métal 360.
www.metal360.fr
Démarrage dans un hangar
Il a démarré dans un hangar. Des tréteaux, une meuleuse, un poste à souder, une perceuse sur colonne et un ordinateur. Son père lui donne des coups de main. Le garçon a les défauts de ses qualités : têtu et orgueilleux. Il fait le choix de viser les « beaux ouvrages ». Sa propre maison dans laquelle il vit avec sa femme Perrine et ses deux filles, devient ainsi la vitrine de son savoir-faire. « J’invitais les architectes chez moi pour qu’ils se rendent compte ce que l’on pouvait envisager ensemble comme travaux avec l’acier ». L’ancienne longère est transformée en habitation moderne largement vitrée avec une excroissance qui déborde sur un jardin ceinturé par les jardinières en Corten. Ce choix plaît et les chantiers affluent.

© Pyc
Une pépinière de talents
En 2019, Métal 360 compte cinq salariés dont Guillaume Oswald un jeune doué qui finira sur le podium de la finale internationale des Worldskills. L’embauche de Romuald Griffon, métallier expérimenté, hisse la TPE vers des opérations étonnantes. Tel ce char romain en métal destiné aux grands parcs d’attractions. Des planchers de verre, des escaliers, des couvertures de piscines, du mobilier créatif… La palette des références est large. Le mot d’ordre semble être « faire de la qualité et ne jamais s’ennuyer ». C’est alors que Tommy Bouchet investit un million d’euros dans le bâtiment qui passe de 600 à 1 500 m2 couverts. Arrive le confinement du Covid, la situation se tend et devient critique. « Nous avons investi beaucoup d’argent et de temps dans notre bâtiment et avons oublié un moment les clients », reconnaît Tommy. En 2022, les affaires avaient repris. Ça tombe bien, un autre jeune talent frappait à la porte de la métallerie : Julien Abillard. « Il était en deuxième année de CAP et cherchait une entreprise en alternance pour son BP ». On connaît la suite. Ce garçon survole les épreuves régionales et nationales des Worldskills et fait preuve d’une maturité et d’une intelligence rares. C’est là aussi une particularité de cette structure artisanale : sa capacité à attirer des jeunes doués (voir encadré sur le centre d’expertise). Le management y est pour quelque chose, tout comme les conditions de travail.

Mathieu Pasquereau en train de patiner une pièce destinée à devenir un brasero.
Un centre d’expertise ?
Tommy Bouchet sait être un coach efficace. Ancien finaliste national des Worldskills (la 5e place en 2011), il a eu le bonheur d’accompagner trois finalistes nationaux : Francis Perrot-Minot, Guillaume Oswald et Julien Abillard. Afin de mettre en valeur cette expérience, il envisage pour 2025 l’inauguration d’une « académie interne ». Quel objectif ? « Il s’agira d’une préparation des apprentis avec une autonomie totale : prise de côtes, dessin Autocad, présentation client, organisation et méthode, fabrication, livraison et pose. J’adopte une approche globale qui intègre aussi un volet psychologique et physique pour une parfaite maîtrise de son métier ». Ce projet vise le label Qualiopi qui certifie la qualité de la formation avec une obligation de résultat.
![]()
Partenariats d’industriels
Sur ce plan on peut dire qu’il y a de la place et une belle luminosité. L’atelier de 1 000 m2 est largement desservi par un pont roulant. Des tables à souder premium jouxtent des tréteaux, il y a le choix selon l’ouvrage à fabriquer. Le matériel est de qualité et quasiment neuf. On travaille en musique et dans la propreté. Jusque-là c’est classique. Ce qui l’est moins ce sont les partenariats engagés par le dirigeant. Les marques comme Fein, Tivoly, Champion ou Siegmund ont en effet signé des accords avec Métal 360. Outre le marquage sur les vêtements des salariés, la métallerie s’engage à valoriser l’image de ces marques dans sa communication. En juillet l’entreprise a reçu durant deux semaines une délégation japonaise de Toyota, rien que ça. « L’objectif de cette rencontre a été de développer l’échange de connaissances et de méthodes de travail ». Le sens de la communication est un des talents de Tommy Bouchet. En soignant du mieux qu’il peut l’image de son entreprise, il participe à la valorisation d’un métier qui en a besoin. Ça méritait bien notre attention.
Entreprise : Métal 360
Effectifs : 6
Chiffre d’affaires : 580 000 euros
Surface couverte : 1 500 m2
Projet d’investissement : Centre d’expertise de formation