Un tube est fixé dans le mandrin qui tourne et potentiellement se déplace.
Il y a une vingtaine d’années on a vu arriver les premières tables de découpe laser dans la métallerie. Métal Flash s’était rendu fin 2005 chez MBM à Saulx-de-Vesoul (70) qui venait d’acquérir une table LVD (Impuls 3020). Un investissement de près de 300 000 euros qui avait fait parler dans la profession. Est-ce rentable ? N’est-ce pas un excès de précision et de rapidité pour nos métiers ? Ne vaut-il pas mieux continuer à sous-traiter ? Quid des consommations de consommables et de l’entretien ? Aujourd’hui, personne ne se pose ces questions. La découpe laser s’est placée parmi les investissements possibles au même titre qu’un centre d’usinage, une découpe au jet d’eau, un stockage automatisé ou une unité de thermolaquage. La question de cet investissement se pose à partir d’un certain montant de commandes en sous-traitance et face au besoin de réactivité et de précision. Ce qui intéresse le métallier n’est pas tant la vitesse de coupe, mais bien la précision. Surtout sur les tôles fines et les profils de menuiseries. Dans ce contexte, et face au manque de place que connaissent certains professionnels, les machines qui combinent le deux en un, c’est-à-dire la découpe de tôles et de tubes, peuvent apparaître comme une solution intéressante.
Une invention japonaise
Chez le japonais Amada, il y a une quinzaine d’années que l’on connaît la machine combinée d’abord en laser CO2 puis en laser fibre. On est passé de la FOM2 RI à l’ENSIS-RI (pour rotary index). « L’idée était de s’adresser à des clients qui ont besoin d’une utilisation couplée tubes et tôles mais sans qu’ils aient le volume suffisant ni la place en atelier pour justifier deux machines dédiées chacune à l’une ou à l’autre des techniques. Les sous-traitants prestataires ont parfois plusieurs machines dédiées aux tubes et à la tôle séparément. Ils ont en général le chargement automatique accolé. Une machine qui ne fait que du tube sera plus performante au niveau des chargements automatiques, des trieurs en sortie », explique Rémi Martin, directeur général d’Amada France. Sur ces équipements l’outil dédié aux tubes est placé au-dessus de la table de découpe tôle et les tubes se glissent à la main soit par une trappe sur le côté soit par le toit qui s’ouvre. Chez Amada, une troisième table suportant le système d’usinage peut être mise en place en deux minutes. La qualité de coupe est aussi bonne et précise que sur une machine dédiée, les options de chargement en moins. Rappelons que la vitesse et la productivité extrême sont moins une préoccupation en métallerie qu’en industrie.

© Pyc
Une machine laser combinée installée dans une métallerie de l'Aisne.
Comment se distinguent les fabricants ?
Dans le laser tôle, il faut reconnaître que l’écart entre fabricants est faible. Chez BLM Group (marque Adige) on explique qu’il « deviendra plus difficile pour les fabricants de se différencier par des arguments et des solutions techniques, et le rôle des services complémentaires dans les systèmes de découpe laser deviendra plus important : garanties intégrales, outils de maintenance et de diagnostic à distance et préventif, contrats « pay per use », locations, conventions de rachat ». Or, sur le concept de découpe du tube il y a une différence de fond. Chez Trumpf et Bystronic, il s’agit de mandrins rotatifs, on glisse le tube et c’est le mandrin qui tourne. Amada et Adige partagent un même concept. C’est également un mandrin qui tourne mais en plus il avance vers la tête, ce qui, selon ces fabricants, « maintient le tube toujours dans de bonnes conditions horizontales ». Cela vaut notamment pour les profils fins de menuiserie acier qui sont en 15 ou 20/10e d’épaisseur. « Les tubes fins et flexibles ont tendance à se plier et à se coincer s’ils ne sont pas correctement guidés avec le risque d’interruptions fréquentes de l’usinage », lit-on chez l’italien BLM Group. Viennent ensuite des différences sur les changements d’outils, plus exactement le passage de la tôle au tube et vice-versa. Chez certains, cette opération est plus longue d’une dizaine de minutes. C’est un argument peu pertinent en métallerie. Aussi, certaines machines sont conçues d’office pour être en mode combiné, sur d’autres on part d’une table pour tôle sur laquelle on ajoute ultérieurement l’option tube.

© Patrick Berger
La découpe laser tôle s'est banalisée dans les travaux de métallerie ces quinze dernières années.
L’impact du service et de l’assistance
Ce qui est parlant pour un dirigeant de PME, c’est le prix. Sur ce terrain il est difficile de passer à côté du bouleversement engendré par les importations de machines chinoises. Ils affichent des tarifs agressifs et cherchent ouvertement à contrer les majors européens et japonais du secteur. « Les lasers chinois font baisser les prix, nous essayons de nous aligner, mais cela devient difficile. Nous argumentons sur la sécurité et le respect de la règlementation. Certaines de ces machines ne sont pas conformes sur les règles d’arrêt d’urgence, les protections sur le faisceau laser, les règles de distance… Un fabricant chinois a même été interdit de vente aux USA car il y a eu des accidents », explique Loïc Vicaud, responsable des ventes chez Trumpf. Se différencier par le service et la proximité sur le terrain est une façon pour ces marques de se distinguer malgré la différence de tarif. Les industriels chinois passent en France par des revendeurs indépendants ayant une équipe restreinte ou pas d’équipe du tout. Aussi, il peut arriver qu’un acheteur contacte l’industriel chinois en direct pour obtenir un rabais, le revendeur « officiel » est ainsi contourné sans états d’âme. Le moins que l’on puisse dire est qu’il s’agit d’une pratique agressive de prise de parts de marché… Un des arguments de ces fournisseurs est d’expliquer que l’essentiel des dépannages et des diagnostics se fait aujourd’hui à distance avec des techniciens qui peuvent être à 10 000 km. Ce qui vaut pour un bug d’ordinateur ne vaut pas forcément pour une panne machine dans un atelier de métallerie avec cinq ou six compagnons peu aguerris à la télémaintenance. « Il nous faut un contact direct et la confiance en notre interlocuteur », lâche un dirigeant de métallerie. Ces derniers ont souvent un parc complet (poinçonneuse, plieuse, cisaille, laser…) d’un même fabricant. La maintenance et le service par un technicien attitré avec une habilitation électrique ont fait partie de la négociation au moment de l’investissement.
« Pas cher c’est déjà trop cher »
Les écarts de prix qui dépassent 100 000 euros peuvent paraître considérables. Mais un arrêt machine de plusieurs mois, faute de service et de pièces détachées, fait perdre bien plus à l’entreprise. « Pas cher c’est déjà trop cher », rappelle le dicton. Tous les clients, notamment les sous-traitants industriels, ne sont pas tentés par cette « aventure » chinoise. Ces derniers veulent une homogénéité de leur parc machine pour une question de maintenance et de durabilité dans le temps du service et de la disponibilité. Cela devrait pouvoir parler aussi aux métalliers…