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Ils sont nombreux à s’inquiéter de la dépendance des jeunes aux téléphones portables. Outre le risque d’accident, c’est la perte de productivité qui pose un souci aux dirigeants.

C’est un fléau qui touche toute la population et particulièrement les jeunes : L’attention obsessionnelle portée au smartphone. Les dirigeants sont confrontés à un choix délicat. Face au risque d’accident sur chantier comme à l’atelier et au sentiment d’une perte de productivité du salarié, ils seraient tentés d’interdire l’utilisation du portable durant les heures de travail. Or, la loi (Code du travail art. L1121-1) interdit d’interdire strictement. Comme pour le tabac, il convient de créer des conditions d’utilisation. Mise en mode « avion », laisser le portable au vestiaire, limiter l’utilisation aux pauses journalières… Plusieurs options existent. Reste à trouver le bon ton.

Perte de concentration

Nicolas Dasse dirigeant de Metalik en Martinique est remonté : « C’est un vrai problème. L’ouvrier s’arrête pour répondre instantanément à chaque message. Je le vis au quotidien. C’est au moins 45 minutes de travail en moins par jour ! ». Même sentiment chez Sébastien Sire de MF2S à Torreilles (66) : « Il est clair que la concentration et la productivité ne sont plus au rendez-vous avec les portables. C’est un fléau pour les ateliers ! ». Jérôme Chevalier de la Métallerie Chevalier à La Roche des Arnaud (05) a instauré une pause obligatoire le matin et l’après-midi. « Si le salarié a besoin de téléphoner ou de recevoir un appel en dehors des pauses, il passe par le secrétariat, avec le numéro d’entreprise et mise à disposition d’un bureau. J’autorise les écouteurs pour la musique, par contre, interdiction de toucher le téléphone entre les pauses pour changer la musique. Ils peuvent se caler une playlist de quatre heures ». Tout écart à cette règle aboutirait à une sanction. Mais ça n’est jamais arrivé nous dit Jérôme Chevalier, car « la solution passe avant tout par la communication ».

Dans la « cage aux lions »

Stéphane Soares, dirigeant de Soares Habitat à Bouafle (78) a aussi un avis tranché sur le sujet. « Lorsque je vois un apprenti avec son portable, je lui demande si ça lui viendrait à l’idée de rentrer dans une cage aux lions avec un téléphone à la main et des écouteurs aux oreilles. Sur un chantier, heureusement dans une moindre mesure, c’est pareil. On ne peut pas être attentif à ce qui se passe autour avec des objets connectés. En revanche, s’il souhaite utiliser son portable, alors il doit sortir de la zone de danger, donc du chantier, et son temps sera décompté par son tuteur ou chef de chantier. Nous expliquons ce point essentiel au moment de l’embauche ». Thomas Suchodolski, Les Métalistes à Rouen (76), fait quant à lui une proposition : « Il faut commencer par interdire le portable à l’école. L’hyperconnexion, cette dépendance aux réseaux, impacte la productivité. En revanche, pour impliquer les jeunes, les métalliers pourraient leur proposer de documenter leur travail une fois par jour afin d’alimenter les réseaux sociaux de l’entreprise ».

Un outil ?

Et que faire quand le portable devient outil ? « Je m’en sers comme outil de trigo ou pour toute autre application mathématique utile au métier. C’est ultrarapide et efficace », nous dit le métallier Benjamin Behague. La réponse est donc bien dans un usage encadré du mobile et une relation de confiance avec le salarié. Retenons l’idée précédente des Métalistes : en faire un allié pour mieux communiquer sur l’entreprise. Ce serait une manière habile de traiter la question, sans se brouiller…