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LES « BONS PLANS » DE DEMAIN

À quand le boom du BIM ?

JAN MEYER | 27 août 2018 |

Exemple de projet réalisé en BIM : l’extension du complexe sportif Roland Garros par Viry.
Tout le monde en a entendu parler mais combien de professionnels ont véritablement réalisé un projet en BIM ? La position des métalliers est particulière sur le sujet. Ils ne sont ni aux avant-postes ni à la traîne. Sur le plan technique, ils devraient être prêts.

l’heure où nous écrivons le BIM n’est pas obligatoire dans les marchés publics. Faut-il s’en réjouir ? Disons que, pour ceux qui répondent aux appels d’offres dans les marchés publics, ça laisse du répit pour se caler et se former. La réalité de ces marchés, dont les budgets sont souvent considérés comme trop faibles, n’est de toute manière pas un encouragement à migrer vers le BIM. Alors obligation ou pas, la motivation doit être ailleurs. Comme le rappelait Noël Peyramayou, dirigeant de Duval Metalu, dans le dossier BIM de Métal Flash n° 115 (juillet 2015). « Il faut y aller. Le bâtiment a besoin de revoir son organisation, arrêtons de refaire la musique à chaque fois. Mémoriser les processus avec des outils modernes et numériser les historiques, c’est formidable ». L’enthousiasme du charismatique dirigeant de la Sarthe a eu de l’écho. Notamment auprès de l’Union des métalliers qui n’a pas failli dans sa mission de formation et d’information. L’organisation professionnelle a multiplié les publications et les ateliers lors des Assises sur le sujet du BIM. On constate que les métalliers ne sont pas moteurs dans cette mutation profonde qui attend le monde de la construction. Sont-ils pour autant en retard ?

 

 Bernard Moulène, BGN, « Certains chantiers démarrent avec une exigence BIM, mais le processus est bloqué quand un seul intervenant n’est pas équipé ».

Moindre mesure, la métallerie, sont largement équipées et orientées vers la réalisation de plans 3D. Intellectuellement cela crée une prédisposition favorable au BIM. Ceux qui, il y a encore dix ans, soutenaient avec détermination que les métalliers n’ont pas besoin de 3D et que la 2D est bien suffisante pour le type d’ouvrage qu’ils fabriquent ont manqué de perspicacité et n’ont pas anticipé l’impact du BIM. Prenons l’exemple des gammistes acier. S’ils s’efforcent de développer leur propre logiciel de fabrication, ils ont déjà pour la plupart des bibliothèques

 

 

LES MÉTALLIERS ONT ADOPTÉ LA 3D

« Les demandes des métalliers sur le BIM sont faibles depuis le début car ils n’interviennent pas sur la maquette numérique. Ils livrent, dans la plupart des cas le plan 3D de leur ouvrage à la maquette numérique. Avant c’était au format DWG et désormais c’est dans un format compatible BIM (.ifc, .rvt par exemple)», explique Marion Girard, technico-commerciale chez Média Softs, éditeur du logiciel de plans automatisés MétalCad.

« Ceux qui soutenaient que les métalliers n’ont pas besoin de 3D ont manqué de perspicacité et n’ont pas anticipé l’impact du BIM. »

Le BIM a beau ne pas être obligatoire, la 3D en revanche est devenue incontournable, « même pour un escalier de trois marches ». Sur cet aspect la construction métallique et dans une compatibles BIM de leurs profils. Quand Media Softs intègrera ces bibliothèques dans son logiciel de dessin le métallier fera du BIM presque sans le savoir puisqu’il disposera de toutes les caractéristiques techniques du profil en question. À ce titre il est clair que l’entreprise préférera disposer d’un logiciel de dessin avec toutes les bibliothèques de gammistes qu’un logiciel dédié à une seule marque. Aussi comme le souligne Bernard Moulène, dirigeant de BGN à La Crèche (79), « nous avons la culture de la visualisation des ouvrages dans un ensemble. On sait depuis longtemps faire des simulations d’implantations avec les architectes. Nos bureaux d’études ont tout à gagner avec le BIM. S’ils disposaient d’une maquette numérique ils pourraient voir tous les réseaux afin d’implanter, voire de concevoir idéalement, les charpentes métalliques et les ouvrages de métallerie ».

 

Les Tekla France BIM Awards récompensent depuis dix ans et selon plusieurs catégories les projets réalisés avec le logiciel BIM Tekla Structures.


LA RÉALITÉ DU TERRAIN EST AUTRE

 

Cette prédisposition favorable des métalliers rompus aux conceptions parfois complexes de leurs ouvrages et aux outils 3D offre-t-elle un avantage sur le terrain ? Théoriquement oui. « Maîtriser les outils du BIM n’apporte pas à ce jour d’avantage concurrentiel. Ce qui compte encore avant tout c’est le prix », lance Bernard Moulène. Autre facteur limitant : le corps de métier qui n’est pas équipé. « Certains chantiers démarrent avec une exigence BIM. Or, notamment quand on fait appel à des prestataires moins disant, le processus BIM est vite bloqué quand un seul intervenant n’est pas équipé. Aujourd’hui, il est fréquent que nous placions sur notre plan de charpente les murs et les cloisons et divers travaux d’autres corps de métiers », explique le dirigeant de cette entreprise de 50 personnes. Qu’en est-il des délais serrés ? N’est-ce pas contradictoire avec une démarche coordonnée et un travail collaboratif comme le suggère le BIM ? « Les chantiers vont trop vite et nous n’avons souvent pas le temps d’attendre que l’autre corps de métier ait mis ses éléments sur le plan. Nous lançons la fabrication et une fois sur chantier, nous nous adaptons ». Un des freins au processus du BIM serait donc la confusion entre vitesse et précipitation… Celle-ci est aussi source d’erreurs ce que le BIM justement vise à réduire. En attendant que l’ensemble de la chaîne se cale sur cette nouvelle façon de concevoir et de construire, les métiers du métal dans la construction gagneraient à affirmer plus nettement leurs prédispositions favorables en la matière. Il en résulterait logiquement un rapprochement entre métalliers et architectes. C’est un tandem qui, au cours de l’histoire, a montré qu’il fonctionne plutôt bien.

 

Marion Girard, Média Softs, « La 3D est devenue incontournable même pour un escalier de trois marches ».

Qui est le BIM Manager ?

«Il est un chef d’orchestre qui maîtrise les contraintes et les choix techniques. Notre mission d’entreprise est de savoir optimiser tant en termes de matière que de choix de fabrication et de techniques de pose. Le bon BIM Manager est celui qui comprend les entreprises, qui sait analyser la véracité des plans remis et qui sait vérifier si les plans sont en correspondance avec les autres corps d’état. De ma conception sur un bâtiment en métal, va découler toute la conception des autres corps de métier. Le bon BIM Manager devra analyser la pertinence de mes choix en fonction des possibilités des autres corps de métier, il doit pouvoir valider une conception et sa coordination dans un groupe d’intervenants. C’est un rôle crucial. Il est garant du projet. Nous ne serons pas BIM Manager, mais co-concepteurs de la construction. Le BIM Manager, c’est un autre métier. »

 

BERNARD MOULÈNE, DIRIGEANT DE BGN À LA CRÈCHE (79).




3 questions à

Emmanuel Di Giacomo, Autodesk.

EMMANUEL DI GIACOMO, EMEA BIM ECOSYSTEM DEVELOPMENT
MANAGER - AUTODESK

 

1. Quels sont les freins à une démocratisation du BIM en France ?

EMMANUEL DI GIACOMO : Ils sont multiples. - La non-obligation de son utilisation dans le cadre de marchés publics ne pousse pas les acteurs du secteur à s’y mettre. - L’atomisation du BTP, constitué majoritairement de petites structures qui n’ont pas les moyens ou le recul pour comprendre qu’elles peuvent elles aussi s’y mettre. - Le frein financier. L’investissement est important pour les TPE/ PME. Le niveau d’information est faible car ces entreprises pourraient investir dans le BIM à partir de 50 euros par mois. - Le manque de stratégie et de politique pédagogique dans les Écoles d’Architecture et d’Ingénierie pour enseigner ces nouvelles approches. Pour accélérer la numérisation, nous mettons en place des offres d’accompagnement favorisant la démocratisation de l’accès aux technologies pour faire passer de la 2D au BIM.

 

2. Qu’en est-il du dialogue entre les divers logiciels de conception et de dessin ?

E D G : Le dialogue est possible grâce à l’openBIM et au standard d’échange (et non pas de travail) IFC* promu par buildingSMART International, l’organisation qu’Autodesk a fondé en 1995 avec douze autres partenaires pour développer le standard d’échange IFC. Les solutions telles que celles d’Autodesk permettent de lire et d’écrire au format IFC. En général, dans les pays ayant une obligation BIM, il est demandé de livrer les projets au format IFC ou COBie (autre standard d’échange ouvert) et au format natif. Enfin, l’openBIM n’est pas uniquement constitué de l’IFC et du COBie, il existe aussi le GBxml (Green Building XML) pour la performance énergétique, le CityGML pour la ville, le LandXML pour le territoire, etc.

 

3. Quel est votre regard sur les entreprises du bâtiment et leur relation au BIM ?

E D G : Notre regard est celui du possible. Le BIM n’est pas réservé qu’aux grands groupes et nous voyons de nombreux exemples de réussite de passage au BIM dans les TPE/PME dans des domaines comme la cloison, la plomberie, la peinture, le carrelage et bien plus fréquemment sur les spécialités des monuments historiques. Il suffit d’avoir la volonté de digitaliser son entreprise, d’y mettre les ressources et les moyens, et surtout, de se faire accompagner par des spécialistes.

 

*Le format IFC (Industry Foundation Classes) est un format de fichier orienté objet destiné à assurer l’interopérabilité entre les différents logiciels BIM. Il s’agit d’un format libre et gratuit qui se veut être le garant d’échanges ouverts dits openBIM.




En deux mots…

BIM (Building information management).

Ça n’est pas un logiciel ou un outil. Il s’agit d’un processus organisationnel qui fait qu’un travail collaboratif produit et alimente une maquette numérique tout au long du cycle de vie d’un ouvrage.

 

 

Maquette numérique.

Bien plus qu’un plan, la maquette numérique est la représentation géométrique en 3D d’une construction réalisée sur ordinateurs et dans laquelle il est possible d’isoler chaque lot séparément, entre autres.



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