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Métal et végétal, matières fusionnelles

JAN MEYER | 25 avril 2018 |

Il s’agit d’une des plus anciennes alliances de matériaux. Comme le manche d’une pioche ou d’une épée, le fer a toujours épousé le bois. Métal et végétal sont décidément faits pour s’entendre. Dans l’aménagement des espaces verts, publics comme privés, le métal progresse aujourd’hui à grand pas.

Tous dehors ! Depuis que les Occidentaux ne travaillent plus aux champs et qu’ils passent 80 % de leur temps entre quatre murs dans des villes surpeuplées, le besoin de sortir n’a jamais été aussi fort. Terrasses, parcs, squares et jardins publics sont pris d’assaut au premier rayon du soleil. Même les peuples du nord de l’Europe, comme un effet direct du réchauffement climatique, se mettent à lézarder et goûtent à l’art de vivre des Méditerranéens. La vue et le toucher du végétal pourrait être recommandés par le corps médical tant ils opèrent un effet apaisant sur les urbains stressés. Les mairies ne s’y sont pas trompées en « ordonnant » la végétalisation des murs et des toitures dès que l’occasion se présente. Une manière de faire passer la pilule de la densification des métropoles auprès d’administrés pas toujours réjouis. Dans ce contexte, les urbanistes, les architectes et les paysagistes sont sollicités pour faire pousser le végétal à tout bout de champs. Une belle opportunité pour le métal qui, souvent dans l’histoire, a servi de tuteur aux jeunes pousses.

 

UNE VIEILLE COMPLICITÉ

Bien avant les pieds de vignes en acier galvanisé, le métal s’est fondu dans toutes les formes possibles au sein du monde végétal. Sa malléabilité, sa finesse, sa résistance mécanique et sa durabilité sans compter sa fin de vie, ont créé un indémodable lien de complicité. Tantôt support, tantôt tuteur, l’ouvrage en fer, à plus d’une occasion, sait se vêtir de la plante grimpante pour la magnifier. Une grille en fer forgé, entamée en surface par la corrosion et enlacée par une glycine en fleur, constitue la plus belle image de cette alliance quasi naturelle. Les tonnelles du Midi sont d’une grande simplicité et d’une grande efficacité : économie de matière, performance climatique et qualité esthétique. Terrain de jeu formidable des vignes vierges qui, en plein été, sont au maximum de leur feuillage pour créer une ombre dont on ne voudra plus après l’automne quand ces feuilles disparaîtront. Existe-t-il liaison plus intelligente entre le végétal et le métal au service du confort de l’habitat ? Dès le XVIIIe siècle et la mode des jardins publics qui connaîtra son apogée au XIXe siècle, naissent des ouvrages dont il est encore possible aujourd’hui de mesurer la finesse et l’inventivité. Prenons la Gloriette de Buffon dans le jardin des plantes à Paris. Datant de 1787 elle est vraisemblablement le plus ancien ouvrage métallique de jardin public d’Europe, voire du monde. Elle est composée de six métaux (fer, or, cuivre jaune et rouge, bronze, laiton) et trône en haut d’un promontoire qui sert de point de vue sur le parc. Mise à mal par la pollution, la forte fréquentation et la stagnation des eaux, la Gloriette de Buffon fait l’objet d’un programme de restauration. Non loin se trouvent les serres anciennes, des bancs publics et des grilles sous toutes leurs formes. Le jardin des plantes est à lui seul une vitrine des ouvrages historiques des ferronniers et serruriers d’antan. Plus tard, à la fin du XIXe et début du XXe siècle, l’Art Nouveau fera littéralement une osmose entre métal et végétal. Les brins de muguet d’Hector Guimard qui signent les entrées du métro parisien ne sont-ils pas des totems en hommage au monde végétal tout autant qu’ils font honneur aux fondeurs doués des Ardennes ? L’Art Nouveau, cette courte révolution du style (entre 1895 et 1914) en opposition au caractère rectiligne des produits sidérurgiques, a puisé son inspiration dans le règne végétal et animal. Plus les formes étaient riches et complexes et plus le style glissait vers une fantastique expression artistique. Aujourd’hui, les lignes des ouvrages métalliques dans les jardins sont devenues nettement plus sobres.


 

LE MÉTAL REVIENT EN FORCE

L’engouement des architectes pour le métal ne se dément pas. Il passe assez naturellement du bâtiment à l’urbanisme et aux aménagements des parcs et jardins. Depuis une quinzaine d’années les revues spécialisées en architecture mais aussi celles destinées au grand public rendent compte de la progression du métal dans les espaces verts. La diversité des ouvrages est grande. Parmi les plus spectaculaires il y a des formes nouvelles de palissades en tôles découpées au plasma ou au laser. Aucune limite créative sinon celle du maître d’ouvrage, tout est possible, ou presque. Idem pour les jardinières, les cache-pots, le mobilier ou encore les pergolas et tonnelles réinventées. Il y a aussi les bordures. Plutôt que des bordures en maçonnerie ou en planches de bois, les clients apprécient la finesse d’une tôle en aluminium ou en acier laissé brut voire en Corten. Ce matériau est le grand gagnant de cette conquête de l’espace vert. Comme en façade, les architectes et les paysagistes apprécient son aspect « naturel ».


 

DU CORTEN À LA RACINE

 Rappelons tout de même que l’acier autopatinable est le fruit d’un alliage de plusieurs métaux (notamment du cuivre, du chrome et du nickel) et qu’il n’a rien de naturel. C’est la transformation, au gré des intempéries, créant la couche de corrosion qui se stabilise au bout de plusieurs mois, qui fascine tant. Il faut dire qu’une palissade en Corten avec sa teinte brune virant sur l’orangé est du plus bel effet derrière un feuillage vert ou un massif fleuri. Aussi, les coulures qui surviennent dans la phase de patinage de la surface n’ont pas d’incidence sur l’environnement autour. À l’inverse d’une peinture qui s’écaillerait avec le temps. Le Corten suppose cependant, comme tout ouvrage de métallerie, quelques précautions. Souder avec du fil du même alliage, ne pas meuler les parties visibles. Lors de la fabrication comme de la pose il convient d’éviter des traces de doigts ou de graisse. Aussi il est préférable de ne pas laisser cet acier « les pieds dans l’eau ». Certes, il peut se passer des années avant qu’un ouvrage se désagrège complètement mais il s’oxyde à grande vitesse lorsque l’eau stagne dessus. En l’occurrence faire un cache-pot est plus malin plutôt qu’un bac dans lequel pousserait la plante. À moins d’être avec un client ou dans un environnement particulier, l’abus de Corten, tout comme l’abus de métal est rarement une réussite sur le plan du style et de l’esthétique. Imiter l’osier pour une bordure, pourquoi pas ?


L’ABUS DE MÉTAL NUIT-IL ?

Mais de là à tout faire en métal c’est excessif. Un choix équilibré entre maçonnerie, bois et métal est préférable dans la plupart des cas. Le mobilier de jardin en acier se marie bien dans un environnement végétal, mais posé sur une terrasse en Corten, ça jure. Cet ajustement est la clé d’une bonne prescription. Certains métalliers ont mis un pied, voire plus, dans ce marché. Ils gagnent à se muscler sur les possibilités qui existent pour marier les divers matériaux. À vouloir tout faire avec l’acier, ils courent le risque d’en faire trop.




Chez Claude Robin à Bressuire (79) les deux frères Jérôme et Tony sont respectivement métallier et paysagiste. Ce tandem complémentaire a développé une gamme de solutions métalliques pour les espaces verts dont le modèle Ondusteel en bordure comme en bac à fleurs. Des bandes d’acier galvanisé sont entrelacées à froid puis collées sur l’armature en acier avant d’être thermolaquées. La métallerie propose aussi des bancs en bois, gabions et tôle laquée et une grande variété de cache-pots tous originaux et créatifs.

 

WWW.CLAUDE-ROBIN.FR




S’il fallait une preuve de l’engouement des clients pour le Corten dans leur jardin, les ouvrages de Crézé à Saint-Jacques de la Lande (35) en sont de belles. Gloriette, sculpture ou serre mais aussi bordure et dépendance figurent au registre des réalisations de cette métallerie reconnue pour son savoir-faire dans les ouvrages de monuments historiques.

 

WWW.CREZE.FR




Joël Frost est un artisan ferronnier de Saint-Germain-du-Bois (71) ayant une prédilection pour les plantes dans son travail. Pour cette gloriette octogonale de 3,60 m de diamètre et 4 m de hauteur, ce sont pourtant de vraies plantes qui grimpent sur les plats et les ronds d’acier. L’ensemble de cet ouvrage sobre et classique est assemblé par boulons et rivets, après avoir été galvanisé à chaud et reçu deux couches de peinture polyuréthane.




Les matériaux se confondent dans le temps

« Métal et végétal sont deux matériaux qui finissent par fusionner. Le métal est une échelle, une proportion, une unité de la main de l’homme. Le garde-corps, la pergola, la poignée de porte… sont à l’échelle de l’homme, c’est un repère, le bois et le béton offrent une autre échelle. Une pergola ou une gloriette sont à l’échelle humaine. Ma maison est en cuivre, béton, acier et bois. L’acier y est un moyen de créer le lien avec le végétal, les deux se confondent dans le temps. Le bois cède plus vite. Aussi l’acier oblige à être extrêmement précis. La Métallerie de l’Authion arrive à imaginer des ouvrages avec des assemblages manchonnés et vissés, c’est très juste et précis. La précision qui accueille la végétation c’est fantastique. Une plante qui épouse un ouvrage de métallerie engendre une oeuvre en soi. Notre but sur terre est d’arriver à cultiver un petit jardin avec les personnes que l’on aime. Les plantes qui grimpent sur la pergola sont une source de bonheur, de fait la métallerie est une source de joie. Chaque personne a sa communion avec son jardin, les jardins japonais sont dans cet esprit. Les artisans métalliers devraient se cultiver sur le jardin. Par exemple, il y aurait un renouveau de l’habillage des arbres à faire avec du métal tout comme le mobilier métallique est une vraie piste d’activité. »



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